À Anvers, le cabinet Schoups réinvente ses bureaux avec du mobilier Bauhaus, des rideaux colorés et une bonne dose de contraste.
Façade en briques rouges, colonnes en béton, volumes bien carrés : à première vue, le bâtiment qui abrite le cabinet d’avocats Schoups ne cherche pas à se faire oublier. Construit dans les années 60 sur le Mechelsesteenweg, à Anvers, il assume pleinement ses origines brutalistes. Mais à l’intérieur, l’ambiance change de ton. L’agence belge ono architectuur a repensé les bureaux sans effacer le passé : béton apparent, carrelage rouge, cloisons vitrées… mais aussi rideaux textiles, touches de bleu cobalt et mobilier design.
L’objectif : rendre les espaces à la fois fonctionnels, lisibles et confortables, sans tomber dans l’esthétique lounge ou le bureau gadget. Ici, chaque salle est pensée pour travailler, recevoir, échanger, tout en laissant place à un minimum de souplesse. Et ça marche.
Rideaux, chrome et mobilier Bauhaus : une ambiance juste, sans posture
Dès l’entrée, le ton est donné. Le grand foyer central accueille un ensemble de tables Thonet B 9 et B 20, aux lignes tubulaires typiques de l’esthétique Bauhaus. Leurs piétements en acier chromé reflètent subtilement la lumière, tandis que les plateaux en bois teinté noir renforcent l’élégance discrète de l’ensemble. Autour, des assises confortables, aux coussins généreux habillés de vert profond, apportent un contraste chaleureux sans rompre avec la rigueur du lieu.

Cette attention au détail se prolonge dans les salles de réunion et de conférence. Là encore, Thonet est au rendez-vous, avec les chaises S 64 et S 43, deux icônes du mobilier moderniste. La première, signée Marcel Breuer, combine piètement cantilever et assise tapissée. Dans cette version personnalisée, elle s’habille d’un tissu bleu cobalt, intense, qui tranche avec l’acier poli du cadre. La seconde, dessinée par Mart Stam, affiche une silhouette plus sobre encore, avec son dossier et son assise en bois courbé, ici teintés en brun foncé. À l’étage, un fauteuil S 35 L en cuir chocolat prolonge cette palette de matières denses et durables.

Mais ce qui frappe surtout, c’est l’intégration des rideaux textiles dans l’architecture même du lieu. Suspendus le long des cloisons vitrées, ces voilages colorés permettent d’isoler ou d’ouvrir les espaces à volonté, tout en apportant une dimension graphique et souple au lieu. Un geste simple, mais qui transforme l’ambiance : le bureau reste structuré, mais jamais figé.
Un projet de bureaux exemplaire dans sa retenue
Pas de gadgets, pas d’open space caricatural, pas de posture décorative. Ce que propose ici ono architectuur, c’est une forme de bureau qui revient à l’essentiel : un cadre clair, pensé pour le travail, mais suffisamment souple pour accueillir des usages multiples. Le tout avec une esthétique cohérente, où chaque élément (mobilier, matériau, circulation) trouve sa juste place.

Dans un secteur comme celui du droit, souvent perçu comme conservateur ou surcodé, cette réalisation montre qu’il est possible d’associer sérieux et élégance, rigueur et chaleur, sans jamais tomber dans l’artifice. Un projet d’autant plus inspirant qu’il ne cherche pas à faire modèle, mais simplement à répondre de façon juste à un lieu, à une équipe, à une manière de travailler. Et c’est sans doute ce qui en fait un cas d’école pour tous ceux qui, en 2025, réfléchissent à ce que doit être un bureau durable, structuré et désirable.