Recul généralisé, concurrence accrue, mais certaines filières continuent d’embaucher. Faut-il s’y accrocher ou changer de cap ?
Intérim : un secteur sous pression, mais toujours utile pour rebondir
Un badge autour du cou, des chaussures de sécurité aux pieds. 6h45, Alexandre attend devant le portail de l’usine. Pour lui, l’intérim n’est pas un choix par défaut : c’est une chance de remettre un pied dans le monde du travail. Mais ces missions se raréfient. En 2024, le nombre de postes en intérim a reculé de 7,3 %, selon Prism’emploi. Et la tendance reste négative en ce début 2025.
Concurrence des micro-entrepreneurs, faiblesse de la consommation, climat politique incertain : les freins sont nombreux. Gilles Lafon, président de Prism’emploi, évoque un recul homogène de l’intérim, aggravé par la chute du gouvernement de Michel Barnier. Résultat : moins d’investissements, moins d’embauches, y compris temporaires.
Face à cette conjoncture tendue, les agences d’emploi restent des alliées pour repérer les opportunités locales. Randstad à Grenoble accompagne par exemple les candidats dans une région particulièrement touchée par la baisse (-10,9 % d’après les données de février 2025). Un appui utile pour identifier les rares gisements d’emplois qui tiennent encore.
Quels sont les secteurs qui embauchent encore en intérim ?
L’intérim se contracte, mais certains secteurs résistent mieux que d’autres si l’on analyse les derniers chiffres du Baromètre Prism’Emploi. L’industrie, qui représente encore 37,8 % des effectifs en février 2025, affiche une baisse contenue (-5 %). Le BTP suit une trajectoire similaire, avec un recul limité à -5,6 %. Dans ces deux secteurs, qui pèsent pour 57% des effectifs intérimaires, la demande reste présente, notamment pour des profils d’ouvriers qualifiés ou non qualifiés.
À l’inverse, les services (23,6% des postes) et le commerce (8,7% des postes) sont plus touchés (-7,7 % et -7,8 % respectivement), avec une contraction marquée dans les postes administratifs ou de vente. Quant au transport et à la logistique, la situation est alarmante : -16,6 % en un an. Les activités de poste et de courrier subissent la plus forte baisse de la filière.
Autre point notable : les catégories socioprofessionnelles ne sont pas toutes touchées au même niveau. Les ouvriers non qualifiés voient leurs missions reculer de seulement 2,9 %, contre -16,5 % pour les employés et -11 % pour les cadres.
Où chercher : l’impact géographique et les pistes locales
Le repli de l’intérim concerne toutes les régions françaises, mais avec des amplitudes variables. L’Auvergne-Rhône-Alpes, qui concentre 13,6 % des effectifs intérimaires, enregistre un recul de 10,9 %. L’Île-de-France, qui compte 16,1% des effectifs, suit avec -9,7 %. À l’autre bout de l’échelle, la PACA et la Bourgogne-Franche-Comté limitent les dégâts avec des baisses inférieures à 4 %.
Mais au-delà des chiffres, ce sont les dynamiques locales qui comptent. Dans certaines zones industrielles, le besoin de renfort ponctuel reste bien réel. Les agences implantées localement ou spécialisées dans certaines métiers comme le BTP ou le transport peuvent identifier les besoins spécifiques des entreprises, même dans un contexte baissier. Un suivi de proximité reste souvent plus efficace qu’une simple veille en ligne.
Vers un rôle stratégique du travail temporaire
Le CDI intérimaire, qui avait suscité de l’espoir ces dernières années, marque le pas. En février 2025, il ne concerne plus que 45 800 équivalents temps plein, soit 7 % des effectifs. La baisse est nette, particulièrement dans les régions comme PACA ou l’Île-de-France, où ce contrat reste marginal.
Pour rester dans la course, les agences misent sur la formation et la montée en compétences. De son côté, Prism’emploi croit dans les chances de l’intérim pour répondre aux enjeux des entreprises : « le travail temporaire s’affirme comme une réponse adaptée aux défis du marché de l’emploi et une solution durable pour l’insertion professionnelle. »
Pour l’organisation professionnelle des entreprises de travail temporaire et de recrutement, « le secteur pourra jouer un rôle moteur dans l’accompagnement de l’emploi. » Mais cela passera d’abord par un assouplissement de certaines contraintes réglementaires, un renfort des dispositifs de formation et une valorisation du « rôle stratégique du travail temporaire ».