En mettant la main sur Fairspace, Bluedigo franchit une nouvelle étape dans son développement. Le spécialiste du mobilier de bureau circulaire ambitionne désormais de créer le premier groupe français dédié à l’aménagement durable.
Il y a quelques années encore, le mobilier de bureau reconditionné ressemblait à un marché en pleine effervescence. De nouveaux acteurs apparaissaient presque tous les mois : Bluedigo, Fairspace, Redesk, Adopte Un Bureau, Relieve Furniture… Sans oublier les fabricants historiques, comme Steelcase, qui ont eux aussi investi le créneau du mobilier circulaire. Aujourd’hui, une nouvelle étape semble s’ouvrir, celle des rapprochements.
Bluedigo absorbe Fairspace
Bluedigo a officialisé le rachat de Fairspace, spécialiste de l’aménagement de bureaux en économie circulaire. L’opération, annoncée par son CEO Younes El Hajjami, marque un tournant pour l’entreprise, qui sort pourtant d’une période particulièrement mouvementée.
Placée en redressement judiciaire en mai 2024, Bluedigo avait été reprise quelques mois plus tard par Younes El Hajjami et Cedric Meston. Depuis, l’entreprise affirme avoir entièrement revu son modèle économique, abandonnant la gestion de stocks au profit d’une marketplace alimentée par un réseau de partenaires.
Selon ses dirigeants, cette transformation a permis de retrouver la rentabilité fin 2025, avant d’enregistrer une croissance à trois chiffres en 2026.
Une acquisition qui dépasse le simple rachat de clients
Pour Bluedigo, l’intérêt de Fairspace ne réside pas uniquement dans son portefeuille de projets. Fondée par Florian Clavel et Marion Perrin, Fairspace s’est progressivement imposée comme l’un des cabinets français spécialisés dans l’aménagement durable des espaces de travail. L’entreprise revendique près de 300 projets réalisés, 5,5 millions d’euros de chiffre d’affaires cumulés et une moyenne de 55 % de mobilier de réemploi dans ses réalisations.
Cette expertise en conception et pilotage de projets (« design & build ») complète précisément le savoir-faire de Bluedigo, historiquement davantage positionné sur la fourniture de mobilier. Autrement dit, le nouvel ensemble ambitionne désormais de couvrir toute la chaîne de valeur : conseil, conception, sélection du mobilier circulaire, installation et suivi des projets.
Le plafond de verre du mobilier reconditionné
Au-delà de l’opération elle-même, les dirigeants de Bluedigo mettent un mot sur une réalité dont beaucoup d’acteurs parlent discrètement depuis plusieurs années : il est difficile de grandir sur ce marché. Cedric Meston estime que la plupart des spécialistes du mobilier circulaire plafonnent autour de 5 millions d’euros de chiffre d’affaires.
Le modèle économique reste complexe. Les projets sont fortement personnalisés, la logistique est lourde, les marges peuvent rapidement s’éroder et les grands appels d’offres nécessitent des compétences très larges, mêlant architecture intérieure, gestion de projet et fourniture de mobilier. Atteindre une taille critique devient alors un enjeu stratégique. Le rachat de Fairspace répond précisément à cette problématique en élargissant les compétences du groupe sans repartir de zéro.
Un marché qui reste largement à construire
Cette consolidation intervient alors même que le potentiel du marché reste immense. Selon Bluedigo, seuls 3 à 4 % du mobilier tertiaire installé en France proviennent aujourd’hui de l’économie circulaire, alors que près de 250 000 tonnes de mobilier professionnel sont jetées chaque année.
Parallèlement, l’entreprise revendique désormais :
- plus de 30 000 meubles reconditionnés disponibles sur sa marketplace ;
- un réseau de 150 partenaires, réunissant reconditionneurs et fabricants ;
- des références clients comme Dior, Accor, Decathlon, New Balance ou encore les Services du Premier ministre.
L’objectif affiché est désormais d’atteindre 10 millions d’euros de chiffre d’affaires dès l’an prochain, puis 30 millions d’euros en 2030.
Une première acquisition qui en appelle d’autres ?
Avec Fairspace, Bluedigo signe la première acquisition de son histoire. Mais ses dirigeants parlent déjà d’une « première brique » dans une stratégie de consolidation. Autrement dit, Fairspace ne serait peut-être pas la dernière acquisition. Si le pari est réussi, d’autres rapprochements pourraient suivre dans un secteur encore très fragmenté, où de nombreux spécialistes restent de taille modeste.
Le mobilier de bureau reconditionné a longtemps été un marché d’entrepreneurs. Il entre peut-être aujourd’hui dans une nouvelle phase, celle où quelques acteurs chercheront à fédérer les expertises pour peser davantage face aux fabricants traditionnels et répondre à des projets de plus en plus importants. Reste maintenant à voir si d’autres suivront le mouvement.