Les interactions informelles : ces 5 minutes qui faisaient tourner les entreprises

La rédaction
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Avec l’essor du travail hybride, les agendas se sont rationalisés à l’extrême, gommant progressivement les discussions improvisées. Pourtant, ces courts instants d’échanges volés au hasard étaient souvent le véritable moteur de la collaboration et de la culture d’entreprise.

Les entreprises ont perdu bien plus que la pause café

Avant, il suffisait parfois de croiser un collègue dans un couloir pour apprendre qu’un client avait changé d’avis, qu’un projet prenait du retard ou qu’une équipe avait besoin d’un coup de main. Ces échanges n’étaient inscrits dans aucun agenda. Pourtant, ils faisaient souvent avancer les projets plus vite que bien des réunions.

Un nouveau salarié comprenait les véritables codes non-écrits de l’entreprise en observant discrètement les interactions de ses collègues. Une idée naissait souvent entre deux portes, juste après une réunion. Puis, le travail hybride s’est imposé comme la norme. Avec lui, les échanges sont devenus essentiellement planifiés et digitalisés : visioconférences minutées, boucles de messages Teams ou Slack, rafales d’e-mails… Tout ce qui n’était pas expressément prévu à l’agenda a progressivement disparu.

« Le télétravail dans son ensemble bouleverse totalement cette géographie sociale en réduisant les discussions informelles à leur strict minimum », constate le chercheur Audric Mazzietti. Or, ces conversations improvisées, souvent perçues à tort comme du temps perdu, étaient loin d’être inutiles.

Ces échanges faisaient circuler les idées… et le collectif

Derrière leur apparente futilité, ces moments volés au hasard jouaient un rôle fondamental dans la productivité invisible des organisations. Ils permettaient d’abord de résoudre un problème opérationnel en deux minutes chrono, là où il faut aujourd’hui parfois caler trois réunions en visioconférence pour trancher le même sujet.

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Ils permettaient aussi de partager des informations qui n’apparaissent jamais dans un compte rendu de réunion : un collègue qui s’apprête à quitter l’entreprise, une rumeur de fusion avec un concurrent, une réorganisation à venir… ou, plus légèrement, les derniers potins de bureau et les fameuses « promotions canapé ».

Collègues qui jouent au baby foot ensemble

C’était aussi dans ces fameux « espaces-temps interstitiels », tels que la machine à café, l’espace de restauration ou les couloirs, que se jouait l’intégration. Pour un nouveau collaborateur, ces moments étaient indispensables pour s’immerger dans le collectif, observer les postures professionnelles et nouer des amitiés.

Ces discussions avaient aussi une autre vertu : elles mettaient en relation des personnes qui ne travaillaient pas ensemble au quotidien. Un échange avec Jean-Michel de la compta, un déjeuner avec Cécile du marketing ou une discussion avec un développeur suffisaient parfois à débloquer une situation.

Enfin, ces échanges permettaient de créer de la confiance et des liens des personnes qui ne travaillaient pas ensemble au quotidien. Car c’est un fait établi : les échanges les plus utiles pour faire avancer une entreprise ne sont pas toujours ceux que l’on entretient avec son équipe directe, mais bien avec ce réseau périphérique. 

Sans cette spontanéité physique, l’information circule beaucoup moins bien et la lourdeur de l’organisation numérique pousse souvent les salariés à réduire leurs conversations à leur stricte dimension productive.

Peut-on recréer ce que le hasard faisait autrefois ?

Aujourd’hui, l’enjeu a changé. Les entreprises ne cherchent plus seulement à organiser et distribuer le travail. Elles cherchent aussi à recréer de toutes pièces les occasions de se rencontrer, d’échanger et de construire des relations qui ne naissent plus naturellement.

Certaines ont bien tenté de forcer le destin en instaurant des « points café » matinaux en visioconférence, mais l’initiative a souvent tourné court car le cadre imposé par l’écran restait profondément formel. Comme le soulignent des chercheurs de l’EM Normandie et de la Paris School of Business, « l’informel ne se décrète pas en organisation, pas plus qu’il ne s’instrumentalise à travers des choix de mobilier design ». L’événementiel d’entreprise, les afterworks et les séminaires sont ainsi devenus des leviers de performance vitaux pour animer la vie du groupe en dehors du temps purement productif.

activité team building

De plus en plus d’organisations expérimentent ainsi de nouveaux rituels et initiatives pour favoriser le maintien d’une cohésion d’équipe au travail saine et durable, dans un contexte où les interactions spontanées sont devenues plus rares. Car ce qui manque finalement le plus aux entreprises n’est peut-être pas la machine à café mais tout ce qui se passait autour.

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