Un coworking pour chatbots : l’absurde satire de l’IA à Brooklyn

Thibaut Bernardin
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Thibaut Bernardin
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Thibaut Bernardin est le fondateur et directeur de la publication de Working Life. Il analyse les évolutions du coworking, de l’immobilier tertiaire et des nouvelles organisations...
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Chat Haus, le coworking des chatbots. Photo : Nim Ben-Reuven

À Brooklyn, des robots en carton tapent au clavier dans un coworking fictif. Derrière la blague, une vraie question sur l’IA et le travail.

À première vue, rien d’étonnant : des bureaux alignés, des claviers qui s’agitent, du café qui refroidit. Mais ici, tout est en carton. Et les travailleurs sont des robots. À Brooklyn, l’artiste Nim Ben-Reuven détourne l’univers du coworking pour signer Chat Haus, une satire mordante de notre course folle vers l’IA.

Chat Haus, un faux coworking pour une vraie angoisse

Depuis la vitrine d’un bâtiment en attente de rénovation, le décor semble familier : des open spaces, des bureaux partagés, des travailleurs concentrés sur leurs écrans. Sauf que tout est faux. Le mobilier est fait de carton, les employés aussi. Baptisé Chat Haus, ce coworking factice est peuplé de robots en carton animés par de petits moteurs, imitant les gestes quotidiens d’un bureau moderne.

À travers cette installation éphémère, Nim Ben-Reuven, artiste basé à Brooklyn, transforme l’angoisse de voir son métier phagocyté par l’intelligence artificielle en une satire grinçante et ludique. Avec ses robots bancals et ses faux écrans lumineux, il moque la promesse d’efficacité des outils d’IA et souligne la précarité d’un monde du travail en pleine mutation.

Entre humour noir et critique du « tout-IA »

Derrière son apparente légèreté, Chat Haus porte un message clair : l’IA s’installe partout, parfois sans que l’on en mesure vraiment la portée. Nim Ben-Reuven, graphiste et vidéaste, confie avoir vu son activité freelance menacée par l’automatisation galopante. Plutôt que de céder à l’amertume, il a choisi d’en rire, en construisant un coworking « de luxe » où seuls des chatbots en carton seraient encore employés.

Chat Haus, le coworking des chatbots. Photo : Nim Ben-Reuven

La fragilité assumée du matériau, qui peut s’effondrer sous le moindre poids, souligne la superficialité des créations IA qui inondent les réseaux. L’artiste compare ces productions à du « junk food créatif » : séduisantes au premier regard, mais vides de substance à l’examen. Un parallèle acide avec le boom actuel des images générées par des outils comme Midjourney ou les textes produits à la chaîne par des IA conversationnelles.

Une installation qui fait mouche dans un Brooklyn saturé de coworkings

Si Chat Haus amuse, il trouve aussi une résonance particulière dans Greenpoint, un quartier new-yorkais saturé d’espaces de coworking, de cafés branchés et de start-up aux ambitions technologiques. Ici, même un bar robotisé n’étonne plus vraiment. Pourtant, les passants s’arrêtent devant la vitrine de Chat Haus, surpris de découvrir cette parodie muette mais expressive d’un monde où le travail humain devient accessoire.

Chat Haus, le coworking des chatbots. Photo : Nim Ben-Reuven

L’installation, en constante évolution, devrait rester visible jusqu’à la fin du mois, en fonction de l’avancée des travaux du bâtiment. Vous pouvez la suivre sur son compte Instagram @TheCardBoardBaby et sur le compte Instagram de l’artiste @nim_br. Nim Ben-Reuven espère pouvoir l’agrandir dans une galerie, si l’occasion se présente. En attendant, ses « bébés robots » continuent de taper sur leurs claviers en carton, imperturbables, comme un miroir déformant de nos propres habitudes professionnelles.

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Thibaut Bernardin est le fondateur et directeur de la publication de Working Life. Il analyse les évolutions du coworking, de l’immobilier tertiaire et des nouvelles organisations du travail à travers enquêtes, interviews et tests d’équipements pour le bureau.