Comment les couleurs et les matériaux influencent l’usage réel d’un espace de travail

Thibaut Bernardin
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Thibaut Bernardin
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Thibaut Bernardin est le fondateur et directeur de la publication de Working Life. Il analyse les évolutions du coworking, de l’immobilier tertiaire et des nouvelles organisations...
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Et si l’attractivité d’un bureau se jouait aussi dans le choix des matériaux ? Décryptage d’un levier souvent sous-estimé.

On a longtemps pensé le bureau comme un outil. Un plateau, des postes, des salles de réunion et l’affaire était réglée. Aujourd’hui, le raisonnement ne tient plus vraiment. Les entreprises cherchent à faire revenir, à retenir, à créer de l’engagement. Et dans cette équation, un levier discret prend de plus en plus de place : les matériaux.

Couleurs, textures, finitions… des choix qui peuvent sembler secondaires, mais qui influencent directement la façon dont on se sent dans un espace. Et donc la façon dont on y travaille. C’est le constat partagé par plusieurs expertes de Steelcase, interrogées récemment sur l’évolution du design des lieux de travail.

Le bureau comme expérience émotionnelle

« Les espaces de travail ne sont pas seulement fonctionnels. Ce sont des lieux où l’on passe une part importante de sa vie », rappelle Jenna VanFleteren. Derrière cette phrase, une idée simple : si un lieu ne crée aucune connexion émotionnelle, il devient interchangeable. Et donc facilement évitable.

La couleur joue ici un rôle clé. Des tons neutres et chaleureux peuvent instaurer un sentiment de calme et de sécurité. Des accents plus vifs apportent énergie et optimisme. L’enjeu n’est pas décoratif. Il est presque comportemental. Une palette bien pensée peut encourager l’échange, apaiser les tensions ou, au contraire, stimuler l’attention.

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Même logique côté textures. Ashley Upchurch insiste sur leur dimension sensorielle. Un tissu doux et chiné n’envoie pas le même message qu’une surface lisse et froide. « Si un espace est agréable au toucher et au regard, on a naturellement envie de l’utiliser. » Et de s’y attarder.

Pour Jessica Courtright, cette attention au détail touche directement à la notion d’appartenance. « Un lieu qui semble authentique et soigné dit implicitement aux gens qu’ils comptent. » Un signal faible, mais puissant, dans un contexte où l’engagement des équipes est devenu un sujet central.

La durabilité n’est plus un bonus

Autre bascule majeure : la durabilité n’est plus un argument marketing. « La circularité est devenue une exigence de base », observe Jenna VanFleteren. Les entreprises attendent désormais des matériaux à la fois performants, esthétiques et responsables, sans compromis.

Le paradoxe, c’est que cette contrainte ouvre aussi de nouvelles possibilités créatives. Jessica Courtright évoque par exemple les matériaux recyclés, dont les variations de teintes ou de textures apportent une profondeur visuelle inattendue. Des détails imparfaits, mais assumés, qui rendent les espaces plus vivants et moins standardisés.

sièges de bureau reconditionnés par Steelcase

Chez Steelcase, cette logique se prolonge jusqu’à la fin de vie des produits. Ashley Upchurch le rappelle : un matériau « durable » qui ne peut pas être recyclé reste un problème reporté. L’enjeu est donc de penser dès la conception à ce qui viendra après. Réemploi, recyclabilité, plateformes communes entre produits. Une approche industrielle, mais guidée par une vision long terme.

Des espaces plus inclusifs par le design

Dernier point, et pas des moindres : l’inclusion. Tout le monde ne travaille pas de la même façon. Ni au même rythme. Ni avec les mêmes besoins. La matérialité devient alors un outil pour offrir du choix sans multiplier les cloisons.

Couleurs apaisantes pour se concentrer. Textures plus expressives pour des zones de collaboration. Ambiances contrastées au sein d’un même lieu. « Une personne peut avoir besoin d’environnements très différents au fil de la journée », souligne Jessica Courtright. Concevoir cette diversité, c’est reconnaître la réalité du travail hybride et des usages multiples.

Cette adaptabilité vaut aussi pour les produits eux-mêmes. Des matériaux capables de traverser plusieurs contextes, plusieurs aménagements, sans tout recommencer. Une manière de concilier flexibilité, durabilité et cohérence esthétique.

Le bureau de demain ne se jouera pas uniquement sur des mètres carrés ou des services. Il se jouera aussi sur des sensations. Des lieux qui rassurent, qui stimulent, qui donnent envie de rester un peu plus longtemps. Et si la bataille du retour au bureau se gagnait d’abord par la couleur d’un mur ou la texture d’un tissu ?

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Thibaut Bernardin est le fondateur et directeur de la publication de Working Life. Il analyse les évolutions du coworking, de l’immobilier tertiaire et des nouvelles organisations du travail à travers enquêtes, interviews et tests d’équipements pour le bureau.