IWG lance OpenOffice en Europe : le coworking en libre-service est-il l’avenir du bureau ?

Thibaut Bernardin
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Thibaut Bernardin est le fondateur et directeur de la publication de Working Life. Il analyse les évolutions du coworking, de l’immobilier tertiaire et des nouvelles organisations...
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Déjà présente au Japon et en Corée, la marque OpenOffice débarque en Europe avec un concept de bureaux flexibles plus petits, plus digitalisés et sans personnel sur place. Première étape : Anvers et Amarante. Avant la France ?

On connaissait OpenOffice comme la célèbre alternative libre et gratuite à la suite bureautique de Microsoft. Il va falloir s’habituer à une nouvelle définition. C’est désormais sous ce nom que le géant mondial IWG déploie son nouveau concept de coworking européen. Déjà éprouvée sur les marchés japonais et sud-coréen, l’enseigne prend aujourd’hui racine en Belgique avec une promesse radicale : proposer de petits espaces de travail fonctionnels, sans infrastructures communes étendues et fonctionnant en totale autonomie.

À Anvers, un espace de coworking piloté par smartphone

Il y a encore quelques années, le marché du bureau flexible ne jurait que par le gigantisme : d’immenses plateaux, des conciergeries omniprésentes, des baby-foot et des espaces communs tentaculaires. Mais la normalisation du travail hybride est en train de fragmenter nos journées. Désormais, le besoin de se poser pour travailler une heure ou une journée se fait sentir au plus près des nœuds de transport ou des quartiers résidentiels. C’est précisément pour répondre à cette nouvelle donne que le groupe britannique International Workplace Group (IWG) introduit en Europe sa sixième marque : OpenOffice.

Pour sa première incursion européenne, IWG n’a pas choisi Bruxelles, mais le cœur battant de l’économie flamande. C’est à Anvers, et plus précisément au 14 de la Prins Albertlei dans le quartier de Berchem, que le premier OpenOffice ouvrira ses portes au cours du dernier trimestre 2026. Situé à quelques minutes à pied de la très stratégique gare d’Anvers-Berchem, le site offre une excellente accessibilité par les transports publics et les grands axes routiers, tout en bénéficiant de l’environnement verdoyant de la proximité immédiate du parc Harmonie. Sur une superficie volontairement mesurée de 200 m², ce nouveau centre concentre l’essentiel : des bureaux privés, un petit lounge, quelques espaces de coworking et des salles de réunion.

Mais la véritable rupture se trouve dans l’expérience utilisateur. Ici, pas de personnel d’accueil pour vous remettre un badge ou vous servir un café. Le concept mise entièrement sur la digitalisation et le « self-service ». Le travailleur réserve son bureau via la plateforme numérique d’IWG et déverrouille l’accès grâce à un système intelligent de serrures électroniques et de clés mobiles. En cas de besoin, le service client n’est joignable qu’à distance.

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« Avec l’ouverture de notre premier site OpenOffice à Berchem, nous renforçons notre présence dans la région d’Anvers », explique Mark Dixon, PDG et fondateur d’IWG. « Grâce à ce concept d’espace de travail entièrement digitalisé, les employés bénéficient d’une liberté accrue, avec une expérience plus simple, plus fluide et totalement sans friction ».

Avec Gabari, IWG transforme l’immeuble tertiaire en service

Le choix d’Anvers ne doit rien au hasard. La ville dispose d’un tissu de PME extrêmement dynamique dans des secteurs comme la logistique, les services, le commerce et les industries créatives, qui sont des consommateurs naturels d’espaces de travail flexibles.

Surtout, cette ouverture illustre la stratégie de développement d’IWG, qui s’appuie désormais massivement sur des contrats de partenariat. En 2025, sur les 1 132 nouveaux sites signés par le groupe à travers le monde, 99 % l’ont été via des accords de partenariat. À Anvers, c’est l’agence de stratégie et de branding immobilier Gabari qui a collaboré avec IWG pour intégrer cet espace flexible dans son bâtiment.

Yoram Speaker, propriétaire de Gabari, voit dans ce projet un véritable changement de paradigme pour l’immobilier tertiaire : « Cette collaboration représente bien plus que l’ouverture d’un nouveau site. Elle reflète la manière dont le travail, l’immobilier et l’expérience de marque sont de plus en plus étroitement liés. Avec IWG, nous nous engageons dans des concepts de travail tournés vers l’avenir ».

Après WeWork Go, le flex office mise sur les formats compacts

Cette stratégie de la « micro-échelle » déployée par OpenOffice résonne fortement avec les récents mouvements de ses concurrents. Récemment, nous évoquions le lancement par le géant américain de WeWork Go, un concept de cabines insonorisées installées directement dans les lieux de passage comme les gares, les aéroports ou les centres de congrès.

Comme le résume très bien John Santora, le nouveau PDG de WeWork : « La journée de travail n’est plus statique ; elle ne commence ni ne se termine à un bureau. Elle se déroule dans un terminal bondé […] ou lorsque vous êtes en déplacement et devez prendre un appel dans le hall animé d’un hôtel ». En supprimant les coûts fixes liés au personnel et en proposant des espaces réduits, hyper-accessibles et réservables à la demande, les opérateurs du coworking cherchent à capter les nomades là où ils se trouvent.

Au Portugal, OpenOffice cible déjà les villes moyennes

Preuve que le modèle OpenOffice a vocation à s’étendre, la marque vient également d’annoncer son arrivée au Portugal. C’est la ville d’Amarante, dans le district de Porto, qui accueillera un centre de 650 m² comprenant 89 postes de travail.

Géré en partenariat avec l’entreprise locale Traços Dinâmicos, ce projet confirme la volonté d’IWG de mailler les zones périurbaines. Comme le rappelle Jorge Valdeira, directeur général d’IWG au Portugal, l’objectif est d’apporter ces solutions « à des villes à fort potentiel de croissance » pour que les entreprises locales puissent s’y développer sans fuir vers les grandes métropoles.

À quand une arrivée d’OpenOffice sur le marché français ?

Face à ces lancements en Belgique et au Portugal, couplés aux prévisions affolantes du marché (IWG estime que 30 % des espaces de bureaux commerciaux seront flexibles d’ici 2030), la question d’un déploiement d’OpenOffice dans l’Hexagone se pose inévitablement.

La France est aujourd’hui le troisième marché mondial d’IWG, juste derrière les États-Unis et le Royaume-Uni. Le groupe y vise une centaine de signatures en 2026, avec une stratégie très agressive visant non seulement les grandes agglomérations, mais surtout les villes moyennes de province. Le groupe rappelle d’ailleurs régulièrement que le passage au travail hybride permet aux entreprises d’économiser en moyenne 10 500 € par employé et par an.

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Un concept autonome et compact comme OpenOffice, nécessitant peu de personnel et de lourds investissements d’aménagement, pourrait particulièrement séduire les bailleurs régionaux français cherchant à valoriser des petites surfaces tertiaires vacantes en centre-ville ou près des gares TER. Le bureau de demain se dessine décidément comme un espace de transit, fluide et connecté, que l’on déverrouille d’un simple clic.

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Thibaut Bernardin est le fondateur et directeur de la publication de Working Life. Il analyse les évolutions du coworking, de l’immobilier tertiaire et des nouvelles organisations du travail à travers enquêtes, interviews et tests d’équipements pour le bureau.