La start-up française Delos lève 2,5 millions d’euros et lance une suite bureautique tout-en-un pour concurrencer Microsoft et Google.
Et si la révolution de l’intelligence artificielle passait aussi par nos outils les plus banals ? Delos, jeune pousse fondée à Paris en 2023 par deux frères, Pierre et Thibaut de la Grand’rive, veut repenser la bureautique. Pas en ajoutant une nouvelle app dans la pile, mais en centralisant tout ce qu’on utilise déjà — rédaction, traduction, compte rendu, drive, newsletter — dans une interface unique, pensée pour les usages professionnels, et propulsée par l’IA.
Le tout fonctionne sur abonnement, à 25 euros par mois et par utilisateur. L’objectif : proposer une alternative plus fluide, plus légère et plus souveraine à Google Workspace et Microsoft 365. Et ça marche. La start-up revendique déjà 200 clients, dont Casino, TotalEnergies ou Shiseido, et vient de lever 2,5 millions d’euros pour accélérer. Une montée en puissance éclair, pour une entreprise qui a choisi de rester discrète — mais efficace.
Une IA invisible, au service du quotidien
Delos ne cherche pas à impressionner avec un modèle maison. Elle exploite ceux qui existent déjà — GPT, Claude, Mistral — en fonction de leurs forces. L’utilisateur, lui, ne voit rien. Il pose une question ou confie une tâche, et la plateforme choisit automatiquement l’IA la plus adaptée. Un fonctionnement en arrière-plan, sans friction, qui contraste avec la logique actuelle des outils d’IA à usage unique ou aux interfaces techniques.
Ce pilotage intelligent s’applique à une suite complète d’outils : assistant de rédaction, traducteur, moteur de recherche interne, générateur de newsletter, drive, et compte rendu automatique de réunion. Tous les éléments sont réunis dans un seul environnement, avec une promesse simple : réduire les frictions, supprimer les doublons, éviter la multiplication d’outils qui ralentissent plus qu’ils n’aident.
L’interface, sobre et intuitive, tranche avec les usines à gaz habituelles. Ici, pas d’empilement de fonctions. L’expérience reste fluide, presque minimaliste, avec une attention portée à la rapidité d’exécution et à la pertinence des réponses. Delos n’est pas une démonstration technologique, mais un outil qu’on ouvre tous les matins, comme une évidence.
L’autre argument fort, c’est l’hébergement. La plateforme repose sur les infrastructures de Scaleway, en Europe, ce qui permet de garantir un meilleur contrôle des données et une empreinte carbone réduite. À l’heure où la souveraineté numérique devient un vrai sujet dans les grandes entreprises, c’est un positionnement stratégique.
Une ambition claire : intégrer le bureau de demain
La levée de fonds annoncée en avril, menée par Kima Ventures et les fondateurs de Pigment, donne à Delos les moyens de ses ambitions. La start-up veut étoffer ses équipes, accélérer le développement de nouvelles fonctionnalités — notamment la messagerie et le calendrier — et structurer sa distribution. Pas question de vendre l’outil au compte-goutte. Delos mise sur des partenariats avec des cabinets de conseil, des intégrateurs, des hébergeurs : un ancrage dans les écosystèmes existants.
Dans leurs bureaux exigus du quartier Montparnasse, l’équipe, composée d’une vingtaine de jeunes ingénieurs en costume (clin d’œil assumé au formalisme corporate), avance vite. L’atmosphère rappelle les débuts de la French Tech : frugale, concentrée, sans détour. Delos ne cherche pas à faire le buzz, mais à convaincre par l’usage. Et pour l’instant, ça fonctionne.
Derrière le produit, il y a une vision : celle d’un bureau plus simple, plus intelligent, moins dépendant des GAFAM. « On entre dans l’ère de l’idée », résume Pierre de la Grand’rive. Une idée bien exécutée, sans surenchère, mais avec un vrai potentiel de transformation. Et peut-être, dans quelques mois, un nouvel acteur incontournable du monde du travail.