Les salariés ne veulent pas du 100 % télétravail

Thibaut Bernardin
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Thibaut Bernardin
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Thibaut Bernardin est le fondateur et directeur de la publication de Working Life. Il analyse les évolutions du coworking, de l’immobilier tertiaire et des nouvelles organisations...
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Loin du fantasme d’un monde sans présentiel, les actifs réclament un bureau utile, humain… mais pas tous les jours.

Le bureau ne serait pas mort, juste mal compris. Alors que certaines entreprises tentent de réimposer une présence obligatoire, une étude menée par Catella France et YouGov bat en brèche l’idée reçue d’un monde du travail converti au tout-distanciel. Les actifs ne fuient pas le bureau mais les trajets, la rigidité, le non-sens. Ce qu’ils attendent ? Un lieu où l’on se retrouve, où l’on avance, mais pas tous les jours. Bref, un bureau qui fait du bien et pas par obligation.

Un rejet net du 100 % télétravail

Premier enseignement marquant : le télétravail à temps plein ne séduit pas les salariés français. Le modèle hybride, lui, fait consensus. Selon l’étude Catella France / YouGov, près d’un salarié sur deux privilégie 1 à 3 jours de présence au bureau, une préférence encore plus marquée chez les femmes (54 %) et les 18-34 ans (58 %).

Ce que les salariés rejettent, ce n’est pas le bureau, mais le modèle rigide, le temps de trajet et l’absence de flexibilité. Ils veulent pouvoir choisir leur présence, préserver leur efficacité tout en restant connectés au collectif.

« Le bureau doit demeurer ou (re)devenir un lieu de cohésion d’équipe, de transmission et d’acquisition de compétences », rappelle Loïc Blin, directeur des affaires immobilières du groupe Safran. Un rappel utile à l’heure où la tentation du retour contraint persiste dans certaines entreprises.

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Le bureau comme lieu de lien, de sens… et de performance

Loin d’être relégué au second plan, le bureau reste un repère structurant dans la vie professionnelle. Pour 54 % des actifs, il est avant tout un lieu de collaboration et d’échange, un chiffre qui grimpe à 58 % chez les jeunes et à 59 % chez les CSP+. Mais ce n’est pas qu’une affaire de lien social. En effet, 38 % des répondants estiment mieux travailler au bureau, notamment les cadres (44 %) et les 18-34 ans (42 %). Loin du cliché d’une jeunesse adepte du 100 % remote, les plus jeunes revendiquent aussi un lieu pour avancer ensemble.

Ce regard varie selon les profils. À partir de 45 ans, le bureau est moins perçu comme un levier de performance. Seuls 31 % des 45-54 ans le considèrent comme un espace de productivité et 49 % mettent en avant sa fonction collaborative. L’attachement au lieu évolue avec l’âge, les attentes et parfois une forme de détachement vis-à-vis du collectif.

Du côté des managers, la lecture est différente. Un tiers d’entre eux voit dans le bureau un outil d’organisation et de contrôle, parfois en décalage avec les aspirations de leurs équipes qui, elles, recherchent du sens et de confort.

L’avenir du travail reste hybride… avec une prime à la clé ?

Si 47 % des actifs voient le télétravail comme l’avenir du travail, ils ne le souhaitent pas à plein temps. Cette conviction est plus forte chez les jeunes, les femmes, les parents et les Franciliens. Les arguments avancés sont clairs : moins de transport (32 %), moins de stress (31 %), plus de calme, plus de liberté.

Mais de façon assez surprenante, seuls 7 % des répondants placent le télétravail en tête de leurs critères dans une recherche d’emploi. À l’inverse, le bureau devient un critère décisif pour près de deux salariés sur trois, selon Aude Grant, directrice générale de SFL.

Et un levier inattendu émerge : la prime de présence. 42 % des actifs affirment qu’une incitation financière les encouragerait à revenir plus souvent au bureau. Ce chiffre monte à 49 % chez les CSP–. Le bureau n’est plus un acquis, il doit se mériter.

« Le bureau n’a jamais été aussi stratégique pour les entreprises. Mais sa valeur ne se mesure plus en mètres carrés, elle se mesure en usages », souligne Raphaël Amouretti, président de Catella France. Catalyseur de collaboration, reflet de la culture d’entreprise, le bureau entre dans une nouvelle ère. À condition, enfin, de s’adapter à ses usagers.

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SOURCES :Catella
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Thibaut Bernardin est le fondateur et directeur de la publication de Working Life. Il analyse les évolutions du coworking, de l’immobilier tertiaire et des nouvelles organisations du travail à travers enquêtes, interviews et tests d’équipements pour le bureau.