La médiation : un outil trop méconnu pour désamorcer les conflits en entreprise

Entre tensions, non-dits et malentendus, la médiation permet de renouer le dialogue. Pourtant, peu d'entreprises osent s’en saisir.
Un tiers des salariés français a déjà vécu un conflit au travail. Et dans près de six cas sur dix, c’est un problème de communication ou de coopération qui en est à l’origine, selon l’Anact. Ambiance dégradée, perte d’engagement, départs, voire burn-out… Pourtant, une solution existe, encore trop peu connue : la médiation.
C’est tout l’objet du podcast animé par Nathalie Wirth, co-fondatrice de One RH, avec deux médiateurs de terrain : Matthieu Hue, avocat et médiateur certifié par le CMAP, et Shuja Uddin, ancien juriste désormais médiateur en entreprise. Leur constat est clair : la médiation fonctionne. Mais encore faut-il en comprendre le mécanisme, et surtout, oser l’activer.
La médiation, une réponse humaine aux tensions du quotidien
Dans une organisation, les désaccords font partie de la vie en groupe. On tente souvent de les gérer en interne, avec plus ou moins de succès. Mais quand la situation se fige, que la parole se coupe, que chacun campe sur ses positions, le conflit s’installe. C’est là que la médiation prend tout son sens.
Ni juge, ni arbitre, le médiateur est un tiers indépendant. Il accompagne, facilite, écoute. Et surtout, il fait parler ceux qui ne se parlent plus. « Le médiateur, lui, n’a pas d’enjeu en particulier si ce n’est respecter et faire respecter le processus de médiation », explique Matthieu Hue. Ce cadre confidentiel, volontaire, régi par des règles déontologiques strictes, permet à chacun d’exprimer ses ressentis, ses besoins, ses griefs. Et souvent, de relancer le dialogue là où tout semblait bloqué.
Pourquoi la médiation reste encore trop peu utilisée ?
Sur le papier, la médiation a tout pour plaire : efficace, rapide, économe, humaine. Mais elle souffre d’une image floue et la confusion avec l’arbitrage ou le jugement est fréquente. « Beaucoup de personnes imaginent que le médiateur va trancher ou dire qui a raison. C’est une erreur », souligne Matthieu Hue. En médiation, ce sont les parties elles-mêmes qui trouvent leur issue.

Nathalie Wirth-Ikedjian, Shuja Uddin et Matthieu Hue
L’autre frein, plus profond, tient à ce que la médiation vient toucher : les jeux d’influence, les rapports de pouvoir, les émotions longtemps contenues. « Elle fait tomber les masques », observe Shuja Uddin. « À un moment donné, on peut arrêter de mentir et regarder les choses pour ce qu’elles sont. C’est pas forcément confortable », dit-il.
Parler de conflit, de vulnérabilité ou de ressenti reste tabou dans beaucoup d’organisations. Et pourtant, c’est souvent là que le vécu relationnel se cristallise. La médiation permet d’aborder ces zones grises, ces malentendus, ces blessures tues qui empoisonnent le collectif.
Des cas concrets de médiation efficace
Dans le podcast, les deux invités partagent plusieurs expériences marquantes : un conflit explosif entre un directeur commercial et un responsable conformité, un salarié d’usine devenu mutique du jour au lendemain… Dans les deux cas, la médiation a permis de restaurer la communication et de désamorcer une spirale délétère.
« Il est important que chacun entende ce que le conflit a fait à l’autre. C’est ça qui permet aussi de créer les conditions du dialogue », souligne Shuja Uddin. Dans ces espaces de parole encadrés, chacun peut revenir sur ce qu’il a vécu, clarifier ses intentions, comprendre la perception de l’autre. Ce n’est pas toujours synonyme d’accord, mais presque toujours d’apaisement.
Agir avant que tout explose
Trop souvent, la médiation arrive tard, bien trop tard. « Les DRH nous appellent quand ils ont tout essayé, quand la situation est déjà très tendue », constate Matthieu Hue. Pourtant, des signaux faibles précèdent toujours l’implosion : tensions récurrentes, collaborateurs en retrait, ambiance qui se dégrade.
En intégrant la médiation dans une démarche de qualité de vie au travail, elle devient un levier de prévention. Une manière de désamorcer sans dramatiser, d’écouter avant d’agir, de prendre soin du collectif sans attendre l’incident de trop.
Et si la médiation devenait un réflexe RH ?
Un conflit n’est pas un échec. C’est une occasion de revoir ses fonctionnements, de mieux se comprendre, de repartir sur des bases plus solides. Encore faut-il en avoir les outils. La médiation en est un. Simple, mais exigeant. Puissant, mais encore sous-exploité.
Cet article s’appuie sur l’épisode « Médiation en entreprise » du podcast One Podcast, animé par Nathalie Wirth pour One RH. Une ressource riche et concrète, à retrouver aux côtés de nombreux autres épisodes dédiés à une RH plus positive, plus simple, plus agile : culture d’entreprise, management des nouvelles générations, marque employeur, UX collaborateur, transmission, recrutement dans les secteurs en tension…
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