Bauhaus, cent ans et toujours dans le coup au bureau

Thibaut Bernardin
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Thibaut Bernardin
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Thibaut Bernardin est le fondateur et directeur de la publication de Working Life. Il analyse les évolutions du coworking, de l’immobilier tertiaire et des nouvelles organisations...
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Bureau Thonet S 285

Un siècle après son installation à Dessau, le Bauhaus inspire encore les espaces de travail. Le mobilier en acier tubulaire revient, plus fonctionnel que jamais.

Le centenaire du Bauhaus à Dessau pourrait rester un événement pour les amateurs d’architecture ou les historiens du design. Mais dans les bureaux, il se passe aussi quelque chose. Depuis quelques mois, on voit réapparaître des meubles aux lignes minimalistes, aux structures métalliques bien dessinées, parfois directement sortis des archives de Thonet. Table B 9, chaise cantilever, fauteuil S 411… Ce mobilier né dans les années 20 n’a rien perdu de sa pertinence. Au contraire, il revient à point nommé dans un monde du travail à la recherche de flexibilité, de durabilité et d’un peu de style.

De Dessau à vos bureaux, il n’y a qu’un pas

1925, Dessau. Le Bauhaus s’installe dans son nouveau bâtiment, signé Walter Gropius. Verre, béton, acier : l’école pose les bases d’un langage architectural qui va irriguer tout le XXe siècle. Mais au-delà des murs, c’est aussi l’intérieur qui change de visage. Fini les meubles massifs, sculptés et figés. Place aux formes géométriques, aux matériaux industriels, à une idée simple : le mobilier doit être utile, accessible, rationnel.

C’est dans ce contexte que Marcel Breuer, alors jeune designer de 23 ans, imagine ses premiers meubles en acier tubulaire. Il travaille avec les ateliers métallurgiques du site aéronautique Junkers, tout proche, et détourne un matériau jusque-là réservé aux vélos ou aux équipements médicaux. Résultat : des chaises sans pieds arrière, des tables empilables, des structures légères mais robustes. La table B 9 voit le jour, d’abord conçue comme simple tabouret pour la cantine du Bauhaus.

Un siècle plus tard, cette même table revient dans les catalogues Thonet. Et elle s’installe dans des bureaux qui, eux aussi, ont changé. Moins figés, plus flexibles, souvent pensés pour bouger. Des espaces où le mobilier ne doit pas seulement meubler, mais accompagner les usages. Et c’est là que le Bauhaus, cent ans après, redevient furieusement contemporain.

Fonctionnalité, modularité : pile dans les usages 2025

À l’heure du flex office, des salles multifonctions et des postes nomades, les attentes ont changé. On ne cherche plus à meubler pour remplir, mais à faciliter la circulation, à gagner en agilité. Et c’est précisément ce que les meubles Bauhaus apportent, sans en faire des tonnes.

Prenez la B 9 : elle s’empile, se déplace, disparaît sous une autre table. C’est le genre de meuble qui suit le rythme des journées sans qu’on y pense. La chaise S 64, avec son piètement cantilever, reste stable mais sans raideur. Elle accompagne le mouvement, elle allège l’espace. Et ce n’est pas juste une affaire de look. C’est une réponse concrète à des problématiques d’usage.

Dans les aménagements tertiaires actuels, ces meubles trouvent naturellement leur place. Zones de réunion informelles, coins détente, espaces projet : on les déplace, on les combine, on les oublie presque. Ils ne dominent pas l’espace, ils le libèrent. Et c’est tout ce qu’on attend d’un bon mobilier de bureau aujourd’hui.

Du design, oui mais sans tape-à-l’œil

On pourrait croire qu’un meuble Bauhaus dans un bureau, c’est juste pour le style. Une manière discrète de dire : “On a du goût.” Et dans un sens, c’est vrai. Une chaise S 64, un bureau S285, ça pose tout de suite une ambiance. Mais ce n’est pas de la déco gratuite. C’est une manière d’inscrire l’espace dans une culture du design utile, pensé, assumé.

Bureau Thonet S 285 et chaise S 64
Bureau Thonet S 285 et chaise S 64

On les voit réapparaître dans des directions générales, des zones d’accueil, des coworkings premium. Pas pour créer une vitrine, mais pour faire passer un message : ici, on fait attention aux détails. Ici, on préfère les classiques intelligents aux tendances gadgets. Ici, on soigne les usages sans renier l’esthétique.

Et ce qui frappe, c’est à quel point ces meubles s’intègrent facilement. Ils ne volent pas la vedette, ils accompagnent le lieu. Ils ajoutent une couche de légitimité, de sérieux, sans jamais devenir pesants. En bref, ils en disent beaucoup, sans jamais hausser la voix.

Rééditions fidèles ou relectures assumées

Pour marquer les 100 ans du Bauhaus à Dessau, Thonet ne se contente pas de ressortir ses archives. Oui, la table B 9, la chaise S 32 ou le fauteuil S 411 sont toujours au catalogue dans leur version d’origine. Mais la marque allemande explore aussi des pistes plus contemporaines, en multipliant les collaborations.

Chaise Thonet S 243
Chaise Thonet S 243

Avec Jil Sander, elle relit ses classiques en version nickel mat ou titane brillant. C’est sobre, c’est chic, ça colle parfaitement à des aménagements de bureaux premium. Avec Frank Rettenbacher, elle pousse une chaise quatre pieds (la S 243) inspirée des codes Bauhaus, mais pensée pour les usages quotidiens, avec un vrai souci de confort, de robustesse et d’accessibilité.

Ce mélange de patrimoine et d’innovation fonctionne bien. Il permet aux prescripteurs de jouer sur plusieurs tableaux : intégrer des pièces iconiques dans une ambiance plus contemporaine, ou créer des contrastes subtils entre mobilier historique et équipement plus technique. Le tout sans jamais dénaturer l’esprit d’origine : faire simple, faire solide, faire utile.

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Thibaut Bernardin est le fondateur et directeur de la publication de Working Life. Il analyse les évolutions du coworking, de l’immobilier tertiaire et des nouvelles organisations du travail à travers enquêtes, interviews et tests d’équipements pour le bureau.