Le télétravail est devenu le nouveau moteur de la productivité selon l’Insee

Thibaut Bernardin
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Thibaut Bernardin
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Thibaut Bernardin est le fondateur et directeur de la publication de Working Life. Il analyse les évolutions du coworking, de l’immobilier tertiaire et des nouvelles organisations...
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Selon une vaste étude de l’Insee, le télétravail dope désormais concrètement la productivité des entreprises… particulièrement pour celles qui ont su repenser l’usage de leurs locaux.

Faut-il siffler la fin de la récréation et exiger un retour strict au bureau ? Alors que certains dirigeants s’inquiètent d’une perte de cohésion et d’un délitement du collectif, une étude de l’Insee, menée en partenariat avec la Dares auprès de 6 500 sociétés, vient de trancher le débat. Données à l’appui, l’adoption pérenne du télétravail génère une amélioration « modeste mais réelle » de la productivité. Un décryptage essentiel pour les entreprises qui cherchent à allier performance économique et flexibilité.

Aujourd’hui, le travail à distance s’est stabilisé : en 2024, 22 % des salariés du secteur privé le pratiquaient, contre seulement 4 % en 2019. Si cette pratique révèle une vraie ségrégation professionnelle (elle concerne les deux tiers des cadres, mais seulement 10 % des employés et moins de 1 % des ouvriers) son impact économique global est désormais mesurable.

Le télétravail comme levier de performance

Les chiffres viennent bousculer les idées reçues de certains managers. Dans les entreprises non financières et hors immobilier, une hausse de 10 points de la part de télétravailleurs est corrélée à un gain de 0,7 à 1,0 point de pourcentage de croissance de la productivité entre 2019 et 2022. Autrement dit, loin de se traduire par un relâchement, le travail à distance stimule l’efficacité.

Les chercheurs de l’Insee expliquent ce rebond par une nette amélioration des conditions de travail des collaborateurs. La réduction drastique des temps de trajet, un gain d’autonomie, un environnement à domicile propice à la concentration et une meilleure coordination globale concourent à l’émergence d’un management plus efficace.

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Un gain universel mais marqué par de fortes disparités

Contrairement à ce que l’on pourrait penser, ce gain d’efficacité n’est ni un privilège réservé aux grands groupes, ni un phénomène purement parisien. L’étude de l’Insee prouve que la productivité s’améliore tout autant dans les PME que dans les grandes entreprises, et ce, sur l’ensemble du territoire français, indépendamment de la densité urbaine de la région.

En revanche, l’impact varie fortement selon les secteurs d’activité. Les grands gagnants sont les secteurs des transports et de l’entreposage, où une hausse de 10 points du télétravail fait bondir la productivité de 3 points, mais aussi l’industrie manufacturière et les services administratifs. À l’inverse, dans le secteur de la construction où la présence sur site est inévitable pour coordonner les équipes, la relation est logiquement beaucoup moins évidente.

Les bureaux séparés, l’atout caché des entreprises agiles

Si le télétravail est un moteur, toutes les entreprises n’ont pas la même carrosserie pour en profiter. L’étude met en lumière un facteur amplificateur décisif : la configuration immobilière pré-Covid. Les sociétés qui louaient déjà des bureaux physiquement distincts de leurs autres locaux de production (comme des usines, ateliers ou magasins) ont pu pivoter vers le travail hybride avec une agilité remarquable. Résultat, elles comptaient en moyenne 36 % de télétravailleurs en 2022, contre seulement 10 % pour les autres.

Pour ces pionnières, l’impact économique est décuplé : une augmentation de 10 points de la part de salariés en distanciel s’est traduite par une hausse de 2,7 points de la croissance de la productivité. Ce gain de performance permet par ailleurs de rationaliser les surfaces.

Ce gain de performance s’accompagne d’une rationalisation des surfaces. Les entreprises réalisent des économies (loyers, sécurité, cantine, énergie) estimées à près de 500 euros par an et par télétravailleur. Mais l’Insee va plus loin : les entreprises ne font pas que réduire leurs mètres carrés, elles délaissent les bâtiments anciens et obsolètes au profit de locaux modernes et flexibles, tout en investissant davantage (environ 200 euros par télétravailleur) dans l’équipement informatique de bureau.

Un investissement d’autant plus stratégique que 52 % des Français ont déjà refusé une offre d’emploi à cause de bureaux jugés inadaptés. Plus que jamais, réinvestir ces économies dans des espaces qualitatifs est vital, sachant que 65 % des collaborateurs viendraient plus souvent sur site si les bureaux étaient améliorés.

Le plafond de verre : attention à la règle des 20 %

Faut-il pour autant basculer dans le « tout-distanciel » pour maximiser les profits ? L’Insee alerte sur un effet de seuil majeur : lorsque la part de l’effectif en télétravail dépasse le cap des 20 % à 25 %, les gains marginaux s’essoufflent et deviennent statistiquement non significatifs.

Au-delà de cette jauge, les entreprises se heurtent à des rendements décroissants, minées par l’explosion des coûts de coordination et les difficultés à maintenir le lien social. Le modèle hybride actuel en France (deux jours de télétravail par semaine) reste donc le meilleur compromis.

Enfin, si le télétravail dope la productivité de l’entreprise (au niveau microéconomique), pourquoi l’économie française ne le ressent-elle pas de façon spectaculaire ? Tout simplement parce que les gains réalisés par ces sociétés agiles sont, à court terme, contrebalancés par les pertes subies dans d’autres secteurs. La baisse de fréquentation des bureaux plombe l’immobilier d’entreprise, les transports, et les commerces ou restaurants des quartiers d’affaires, masquant ainsi l’effet positif global au niveau macroéconomique.

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Thibaut Bernardin est le fondateur et directeur de la publication de Working Life. Il analyse les évolutions du coworking, de l’immobilier tertiaire et des nouvelles organisations du travail à travers enquêtes, interviews et tests d’équipements pour le bureau.