Bureaux : le grand retour de la sélectivité

Thibaut Bernardin
Par
Thibaut Bernardin
Directeur de la publication
Thibaut Bernardin est le fondateur et directeur de la publication de Working Life. Il analyse les évolutions du coworking, de l’immobilier tertiaire et des nouvelles organisations...
- Directeur de la publication
6 min de lecture
Le pôle d’affaires de Bayeux près de la gare

Dans un marché encore fragile, seuls les immeubles les plus vertueux et les mieux situés tirent leur épingle du jeu.

Et si la reprise du bureau passait par l’écrémage ? C’est ce que laissent entendre les derniers chiffres publiés par Wüest Partner. Malgré un climat économique sous tension, les investissements dans l’immobilier d’entreprise repartent à la hausse. Mais pas tous les bureaux. À Paris, les espaces « prime » s’arrachent à prix fort, pendant que les zones périphériques flirtent avec les 20 % de vacance. Normes ESG, centralité, flexibilité : la hiérarchie des actifs tertiaires s’accentue. Pour les entreprises comme pour les investisseurs, l’heure est au tri.

Une reprise en trompe-l’œil pour les bureaux

Les chiffres de Wüest Partner sont sans ambiguïté : après deux années moroses, l’investissement dans l’immobilier tertiaire repart. +11 % au premier semestre 2025, c’est une progression nette, mais qui ne dit pas tout. Car cette reprise est à la fois ciblée et conditionnelle. Elle ne concerne pas tous les actifs et elle n’obéit plus aux mêmes règles.

Première observation : les bureaux ne représentent plus qu’un tiers des montants engagés, contre près de la moitié il y a quelques années. La logistique, l’hôtellerie ou le résidentiel prennent le relais, portés par de nouvelles dynamiques. Mais surtout, parmi les bureaux qui continuent d’attirer, le tri est devenu impitoyable. Ce sont les espaces les plus centraux, les plus récents, les mieux certifiés qui s’en sortent. Le reste décroche. La reprise, oui, mais sous conditions : de localisation, de performance environnementale, de modularité et de services.

Le bureau devient un actif polarisé

On le pressentait depuis la crise sanitaire, c’est désormais chiffré. Le marché tertiaire est devenu profondément polarisé. À Paris intra-muros, les loyers “prime” atteignent jusqu’à 1 170 €/m²/an. Sur la dorsale Lille-Paris-Lyon-Marseille, les investisseurs restent actifs. En revanche, les zones périphériques frôlent les 20 % de vacance, et les immeubles vieillissants sans certification ESG peinent à trouver preneur.

Flex-O Paris Haussmann

L’effet ciseau est donc bien réel : d’un côté, des actifs premium qui prennent de la valeur, de l’autre, des bureaux qui se vident et se déprécient. On assiste à un mouvement de « flight to quality » assumé, renforcé par les arbitrages ESG, mais aussi par des considérations d’usage. Car aujourd’hui, les entreprises veulent des lieux qui incarnent une vision : un bureau qui attire les talents, soutient les politiques RSE, et reste aligné avec des modes de travail hybrides. Ce ne sont plus seulement les mètres carrés qui comptent, mais ce qu’on peut en faire.

L’ESG n’est plus un bonus, c’est une ligne rouge

Longtemps perçus comme un argument marketing ou une exigence marginale, les critères ESG (Environnement, Social, Gouvernance) sont désormais au cœur des décisions. Ils évaluent la performance d’un immeuble sur sa sobriété énergétique, son impact environnemental, la qualité de vie qu’il offre aux usagers ou encore sa transparence de gestion.

immeuble de bureaux avec végétation

Le simple fait d’être conforme aux nouvelles attentes (certifications HQE, consommation énergétique basse, mobilité douce, qualité de l’air…) conditionne désormais la valeur de l’actif, son attractivité et même sa capacité à être financé.

Pour les investisseurs institutionnels, c’est devenu un critère d’entrée. Pour les grandes entreprises locataires, c’est une exigence stratégique. L’immobilier ne peut plus être un point faible dans une trajectoire RSE : il doit en être le levier. Cette montée en puissance de l’ESG redéfinit donc ce qu’est un “bon bureau” en 2025. Et cela explique en partie pourquoi les SIIC françaises (sociétés cotées) ont rebondi de +20 % depuis janvier. Les acteurs les mieux capitalisés, capables de transformer leur patrimoine, sont aujourd’hui les mieux armés pour capter la demande.

De la surface au service, une nouvelle hiérarchie des bureaux

La mutation actuelle ne se lit pas seulement dans les chiffres d’investissement. Elle est aussi visible dans les usages. Le bureau est devenu un actif à piloter, non plus un simple coût fixe. Les entreprises réduisent les surfaces, optimisent les mètres carrés, réorganisent les implantations et exigent plus de valeur d’usage.

Flexibilité, modularité, connectivité, services mutualisés, gestion énergétique, qualité de vie au travail : tous ces éléments pèsent désormais dans le choix d’un espace. Ce n’est donc pas une simple reprise économique. C’est une transformation structurelle, qui redessine la carte des lieux qui comptent et de ceux qui décrochent.

Pour les opérateurs de bureaux, les promoteurs, les gestionnaires, les signaux sont clairs : il ne s’agit plus de proposer “des bureaux”, mais des lieux capables d’absorber les transformations du travail, de répondre aux exigences ESG et d’apporter de la valeur aux entreprises comme aux salariés.

Partager cet article
Directeur de la publication
Suivre
Thibaut Bernardin est le fondateur et directeur de la publication de Working Life. Il analyse les évolutions du coworking, de l’immobilier tertiaire et des nouvelles organisations du travail à travers enquêtes, interviews et tests d’équipements pour le bureau.