Coworking Europe 2025 : Berlin confirme le virage vers la workplace hospitality

Thibaut Bernardin
Par
Thibaut Bernardin
Directeur de la publication
Thibaut Bernardin est le fondateur et directeur de la publication de Working Life. Il analyse les évolutions du coworking, de l’immobilier tertiaire et des nouvelles organisations...
- Directeur de la publication
6 min de lecture

À Berlin, la conférence Coworking Europe 2025 a acté un changement de cap : le coworking glisse vers une véritable expérience d’hospitalité au travail.

Chaque année, Coworking Europe réunit les acteurs qui façonnent le travail flexible sur le continent. Après Sofia et Porto, l’édition 2025 s’est tenue à Berlin, entre conférences, networking et visites d’espaces. L’occasion de prendre le pouls d’un secteur qui ne parle plus seulement de mètres carrés, mais d’expérience de travail. Pendant deux jours, un constat s’est imposé : le coworking glisse vers un modèle d’hospitalité au travail, où l’accueil, le service et la qualité de l’environnement deviennent aussi importants que l’offre immobilière elle-même.

Une industrie en transition, du coworking au “workplace hospitality”

À Berlin, le mot-clé est vite apparu dans les couloirs comme sur scène : hospitalité. Le programme annonçait déjà la couleur avec des sessions consacrées au design, à l’expérience de travail ou encore à « l’amenitization » de l’immobilier tertiaire. Andreas Widmer, le fondateur du réseau suisse Westhive, parle d’un secteur « au milieu de son virage le plus important depuis la naissance des espaces flexibles » et d’un basculement clair de fournisseur d’espace à la workplace hospitality. Cette logique rapproche encore davantage le coworking des codes de l’hôtellerie.

Concrètement, cette tendance dépasse largement le simple ajout de services. Les opérateurs bâtissent de plus en plus un parcours complet, qui englobe le travail, la pause, la formation, l’accueil des clients, la restauration ou même le bien-être. « Les leaders du secteur intègrent cafés, restaurants, bars, salles d’innovation, espaces événementiels, fitness », note Andreas Widmer. Une évolution visible aussi durant le Coworking Tour, avec des arrêts chez Mindspace, EDGE Workspaces, Satellite Office ou Design Offices, tous très orientés sur l’expérience, l’atmosphère et la qualité de service comme l’a résumé Choose and Work dans son propre retour.

Ce glissement s’accompagne d’un mouvement plus subtil mais tout aussi structurant : la marque opérateur devient un critère décisif. Dans un marché où l’offre se densifie et où les entreprises cherchent des repères, la capacité d’un opérateur à incarner une culture de service, à garantir une qualité constante et à proposer un environnement cohérent compte autant que la localisation ou le prix.

coworking europe 2025 berlin

Modèles, données, IA : un secteur en quête de lisibilité

À Berlin, une autre préoccupation a traversé les échanges : la lisibilité du marché. Plusieurs sessions ont rappelé que le flex reste mal compris par les entreprises, faute de vocabulaire clair et de repères sur les modèles. Management agreements, asset-light, bureaux opérés, offres fractionnées… derrière ces termes parfois obscurs, la conférence a souligné le besoin d’une pédagogie plus forte pour expliquer ces mécanismes alors que le marché se densifie et se complexifie.

Les discussions ont aussi tourné autour de la rentabilité : un pricing peu élastique, le poids de l’attrition, l’impact des sous-locations, la pression économique… Autant de signaux qui poussent les opérateurs à mieux piloter leur activité et à s’appuyer sur des indicateurs fiables. D’où l’intérêt croissant pour une donnée transparente et comparable, inspirée des standards hôteliers ou aéronautiques. L’idée séduit, mais reste encore un objectif à construire collectivement.

Enfin, l’IA s’est invitée dans plusieurs conférences, entre enthousiasme et prudence. Les intervenants ont mis en garde contre les promesses déconnectées du terrain. L’automatisation n’a d’intérêt que si elle améliore réellement l’expérience, pas si elle remplace la relation humaine. Dans un secteur qui bascule vers l’hospitalité, la technologie doit rester un outil, pas une illusion.

Une filière européenne qui s’organise

Coworking Europe, c’est aussi le rendez-vous où les syndicats et associations nationales confrontent leurs enjeux. La session de travail organisée en amont de la conférence a réuni les représentants du Danemark, des Pays-Bas, de la Grèce, de l’Italie, de la Suède, de la Belgique, de l’Allemagne et de l’Espagne. Au programme : missions, représentativité, communication, influence et enjeux réglementaires liés à la domiciliation et au flex.

Dans ce paysage en mouvement, le Synaphe nous indique que la France prendra la coordination européenne sur la LCB-FT, un sujet devenu central à mesure que les opérateurs grandissent et structurent leurs pratiques. Le syndicat français entend ainsi porter une voix commune dans les futures discussions européennes, avec l’objectif d’harmoniser les approches et d’éviter une réglementation subie plutôt que construite.

Les coworking tours berlinois ont enfin rappelé la diversité du marché européen : du premium très design aux espaces plus fonctionnels, chaque modèle raconte une façon de concevoir l’expérience de travail. Un contraste qui illustre bien l’état actuel de la filière avec un secteur plus mature, plus visible, mais encore en quête d’un cadre commun pour accompagner sa croissance.

Partager cet article
Directeur de la publication
Suivre
Thibaut Bernardin est le fondateur et directeur de la publication de Working Life. Il analyse les évolutions du coworking, de l’immobilier tertiaire et des nouvelles organisations du travail à travers enquêtes, interviews et tests d’équipements pour le bureau.