Ils avaient ouvert avec enthousiasme. Ils ferment souvent dans l’indifférence. Le coworking, ce n’est pas qu’une success story.
On les découvre parfois au détour d’un post sur Instagram, d’une affichette en vitrine ou d’un message ému sur LinkedIn. Les fermetures d’espaces de coworking passent souvent inaperçues. Pourtant, derrière chaque clé rendue, il y a un projet, des engagements, des rencontres, des espoirs. Et, parfois, une déception amère.
Un modèle fragile, surtout en dehors des grandes villes
Alexandre Bravo, fondateur du Cro-Work-In à Strasbourg, a annoncé fin juin la fermeture de son espace après quatre années d’activité. « Les raisons sont essentiellement économiques », explique-t-il dans une vidéo adressée à sa communauté. Avec 130 m² seulement, le lieu n’avait pas la surface suffisante pour être rentable. Mais il évoque aussi des évolutions personnelles.

Le constat est le même à Noirmoutier, où La Fabrik a baissé le rideau en janvier dernier. Un lieu atypique perché dans les marais, 68 m² seulement, ouvert en 2021 dans l’ancien bureau d’un architecte. L’endroit était superbe, les retours très positifs. Mais la fréquentation hors saison n’a jamais suffi. Et l’absence de gestion sur place a pesé. Sa fondatrice, Aurélie Ripoche, continue l’aventure ailleurs, mais reconnaît que le modèle doit évoluer. « Il faudrait au moins 150 m² pour répondre aux besoins des télétravailleurs », explique-t-elle à Ouest France.
À Angers, Le Pod a fermé son espace situé derrière la gare, deux ans seulement après son ouverture. Cette fois, ce n’était pas la petite taille le problème : le lieu faisait 1 200 m² et offrait 120 postes de travail. Mais malgré des prestations haut de gamme et une belle localisation, l’espace n’était rempli qu’à moitié. Trop d’offres concurrentes, une demande moins forte que prévue et un choix stratégique de se recentrer sur un autre site mieux rempli.
La fin d’une tendance ou le besoin de repenser les modèles ?
2BCoworking à Saint-Priest, Osokle à Pau, Le Bois Jaune à Montastruc-la-Conseillère… La liste des fermetures s’allonge, et elle touche autant les petits projets que les concepts plus ambitieux comme le rappelle le cas WeWork ou celui d’Industrious. Certains espaces n’ont jamais trouvé leur public, d’autres ont souffert d’une mauvaise localisation, d’une offre mal calibrée ou d’un concept démesuré.

Chez Osokle, c’est un enchaînement de facteurs humains qui a précipité la fin : départ d’une associée, décès de la seconde et un troisième fondateur resté seul pour tout gérer. Un espace de coworking, c’est une histoire entrepreneuriale, une histoire humaine. Et il suffit parfois d’un déséquilibre dans l’équipe ou dans la vie pour que tout vacille.
On voit aussi des concepts « fourre-tout » qui mêlent coworking, spa, coaching, librairie ou ateliers thérapeutiques sans jamais trouver leur équilibre. Des initiatives sincères, portées par la passion plus que la raison, parfois déconnectées des réalités économiques. Gérer un espace de coworking, c’est aussi connaître les règles de la domiciliation, maîtriser la commercialisation, proposer une offre claire et adaptée au marché.
Et certaines structures, souvent associatives ou portées par des collectivités, oublient un principe fondamental : la rentabilité. Le coworking n’est pas une activité secondaire ou simplement sympa. C’est une entreprise, avec des charges, des responsabilités, des clients exigeants. Bref, c’est un métier comme le rappelle souvent le Synaphe, le syndicat des espaces de coworking, qui cherche à professionnaliser le secteur.
Il ne suffit pas d’ouvrir des mètres carrés
La fermeture d’un espace ne signifie pas que le coworking est en crise. Mais elle rappelle que ce n’est pas un modèle miracle. Trop d’espaces ont ouvert sans vraie stratégie, portés par l’effet de mode. Un espace trop petit ne sera jamais rentable. Un espace mal situé ne trouvera pas sa clientèle. Un espace mal pensé ne résistera pas à l’usure du temps. Et surtout, un espace sans animation, sans communauté, sans vision, ne deviendra jamais un lieu vivant.
C’est en répondant à un besoin réel, avec un positionnement clair, un modèle économique solide et une équipe impliquée qu’on construit un lieu pérenne. Pas en empilant des bureaux dans un local vide. La vraie question n’est donc pas : pourquoi ces espaces ferment ? Mais plutôt : pourquoi ont-ils ouvert ?