Espaces de coworking : un business rentable ? Oui, mais…

Thibaut Bernardin
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Thibaut Bernardin
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Thibaut Bernardin est le fondateur et directeur de la publication de Working Life. Il analyse les évolutions du coworking, de l’immobilier tertiaire et des nouvelles organisations...
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Lancer un espace de coworking, bonne idée ou gouffre financier ? Tout dépend de plusieurs paramètres : emplacement, taux d’occupation, prix…

Ouvrir un espace de coworking, c’est tendance. Mais est-ce vraiment rentable ? Propriétaires de locaux sous-exploités, investisseurs, curieux du coworking : avant de foncer, mieux vaut savoir où vous mettez les pieds. Car si certains espaces affichent complet et cartonnent, d’autres peinent à couvrir leurs charges. La clé ? Un savant mélange entre taux d’occupation, modèle économique et… localisation. Voyons ça de plus près.

Un marché en pleine expansion… mais plus sélectif

Alors que l’immobilier de bureau classique est en difficulté, les espaces flexibles ont le vent en poupe. En France, Ubiq dénombrait 3 591 espaces en 2023, un chiffre en constante progression. À Paris, ils représentent 14 % du parc de bureaux, contre 6,3 % à Bordeaux en 2024.

Cette offre répond à une demande croissante : freelances, start-up, télétravailleurs et même grandes entreprises cherchent des solutions plus flexibles, adaptées aux nouveaux modes de travail.

Mais la rentabilité n’est pas garantie. En 2024, le nombre total de mètres carrés dédiés au coworking a reculé pour la première fois à Paris. La fermeture de 26 000 m² de WeWork montre que certains modèles économiques peinent à survivre. Dans un marché qui se structure, la gestion des coûts et la maîtrise du taux d’occupation deviennent essentielles.

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Le centre WeWork Rue Lefebvre dans le 8e à Paris

Taux d’occupation : le nerf de la guerre

Un espace de coworking rentable, c’est avant tout un espace bien rempli. Selon les experts, un taux d’occupation de 75 % minimum est nécessaire pour atteindre la rentabilité.

Mais remplir un coworking prend du temps. En moyenne, il faut deux à trois ans pour atteindre un taux d’occupation optimal. Pendant cette période, l’espace doit absorber ses charges fixes : loyers, personnel, entretien, abonnements divers. Une trésorerie solide est donc indispensable pour tenir le cap.

À Paris, la concurrence devient rude et le taux de vacance moyen atteint 22 % en 2024, selon Ubiq. La demande se reporte vers d’autres villes où le marché est encore en expansion, comme Bordeaux, Montpellier ou Toulouse.

L’emplacement : l’un des critères les plus stratégiques

Comme pour l’immobilier classique, l’emplacement fait tout. Un coworking en centre-ville, proche des transports et des commerces, attirera plus facilement des travailleurs indépendants et des entreprises.

Mais un bon emplacement a un prix. À Paris, le coût du loyer peut dépasser 500 € par m² par an, voire 1 200 € dans les quartiers les plus prisés (source : CBRE). En province, les loyers varient entre 200 et 300 € par m².

La rentabilité repose sur un équilibre délicat : fixer un prix suffisamment élevé pour couvrir les charges, tout en restant attractif pour les coworkers. Trop cher, l’espace reste vide. Trop bas, il ne couvre pas ses frais.

Les coûts cachés qui grèvent la rentabilité

Créer un espace de coworking ne se limite pas à la location d’un local et à l’installation de bureaux. Les charges fixes sont nombreuses : loyer, électricité, ménage, Internet, assurances. À cela s’ajoutent les dépenses d’aménagement, avec un poste de travail qui inclut généralement un bureau, une chaise ergonomique et un accès aux services. L’investissement en mobilier peut vite grimper, un fauteuil ergonomique de bonne qualité coûtant entre 300 et 500 euros.

Les services proposés influencent également les coûts. Offrir du café, des salles de réunion équipées, des call box ou encore un comptoir barista alourdit les charges. À Paris, 50 % des coworkings où le poste coûte entre 700 et 1 000 euros par mois incluent un barista, ce qui peut être un atout marketing mais représente un coût non négligeable.

Quel modèle économique pour un coworking rentable ?

Un propriétaire de mètres carrés vacants peut hésiter entre plusieurs stratégies. Un bail commercial classique rapporte en moyenne 450 € par m² par an à Paris, alors qu’un coworking bien géré peut atteindre 600 à 800 € par m². Mais cette flexibilité a un coût : la vacance.

Un coworking rentable repose sur une offre diversifiée. Les bureaux privatifs sont souvent plus rentables que l’open space, représentant jusqu’à 70 % du chiffre d’affaires dans certains espaces. Mais pour maximiser chaque mètre carré, il faut aller plus loin et diversifier son offre : location de salles de réunion, domiciliation d’entreprise, événements, services complémentaires (impression, restauration, formations).

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Les salles de réunion sont équipées d’un grand écran tactile

Exemple concret de rentabilité : centre-ville vs périphérie

Les chiffres parlent d’eux-mêmes, alors prenons deux exemples.

Un coworking de 300 m² en centre-ville, avec 50 postes (35 en open space et 15 en bureaux privatifs), peut dégager 9 500 € de bénéfice net par mois avec un taux d’occupation de 85 %. Ses charges principales sont un loyer de 8 000 € et 4 000 € de frais fixes.

À l’inverse, un coworking de 100 m² en périphérie, avec 20 postes, génère un bénéfice net plus faible, autour de 1 500 € par mois, malgré un loyer réduit à 2 500 €. Le taux d’occupation plafonne souvent à 70 %, rendant la rentabilité plus fragile.

Ces chiffres montrent que les petits espaces peuvent être rentables, mais les marges sont plus faibles et les périodes de vacance plus difficiles à absorber.

Concurrence et tendances : le marché évolue

Les grandes enseignes comme Regus, Morning et Newton Offices continuent de se développer, mais la demande évolue. De plus en plus d’espaces misent sur une identité forte : atmosphère cosy, communauté engagée, spécialisation sectorielle (coworking pour freelances créatifs, startups tech…).

La concurrence est rude, surtout dans les grandes villes. Ouvrir un espace de coworking en 2025 demande une analyse fine de la demande locale et un positionnement clair.

Espace coworking Regus à Gentilly – DR

Coworking : une opportunité ou un pari risqué ?

Avec l’essor du télétravail, le coworking attire une clientèle plus large. Mais le modèle doit s’adapter. Les grands open spaces séduisent moins, au profit des bureaux privatifs et des offres hybrides.

Le bureau opéré, qui propose des espaces clé en main aux entreprises, concurrence de plus en plus le coworking classique. En 2024, ce segment a connu une croissance de 23 %, marquant un tournant dans le marché du bureau flexible.

Dans certaines villes, la demande dépasse encore l’offre. Mais dans d’autres, le marché approche de la saturation et la rentabilité devient plus difficile à atteindre.

Comment rentabiliser un espace de coworking ?

Un espace rentable repose sur un taux d’occupation élevé (au moins 75 %), une bonne localisation, et une offre bien calibrée. Il faut aussi diversifier les revenus : bureaux privatifs, salles de réunion, services complémentaires. Deux à trois ans sont nécessaires pour atteindre le taux de remplissage optimal.

Quelle est la rentabilité des espaces de coworking ?

Un coworking bien géré peut générer 600 à 800 € par m² par an, soit plus qu’un bail classique. Mais la rentabilité dépend du remplissage et de la gestion des charges. À Paris, le taux de vacance moyen atteint 22 % en 2024, ce qui fragilise certains espaces. Une bonne anticipation est essentielle pour éviter les mauvaises surprises.

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Thibaut Bernardin est le fondateur et directeur de la publication de Working Life. Il analyse les évolutions du coworking, de l’immobilier tertiaire et des nouvelles organisations du travail à travers enquêtes, interviews et tests d’équipements pour le bureau.