Quand les hôtels se mettent (sérieusement) au coworking

Le Wojo Corworking à Lille c'est l'alliance parfaite entre hôtel et espace de coworking
Service 4 étoiles, Wi-Fi béton et formules souples : l’hôtellerie muscle son jeu sur le marché du coworking.
On les connaissait pour leurs salles de réunion et l’organisation de séminaires. Ils investissent désormais les lobbys, les terrasses et même les chambres. Depuis la crise sanitaire, les hôtels multiplient les formules pour attirer les pros nomades et les télétravailleurs en vadrouille. Avec un atout de taille : une vraie culture du service et une expérience client bien rôdée. Résultat ? Le coworking version hôtelière séduit… et fait grimper le chiffre d’affaires.
Best Western, Okko, Radisson… les chaînes montrent l’exemple
C’est chez Best Western que le mouvement a pris une vraie tournure stratégique. Dès 2020, la chaîne lançait myWO, sa marque de coworking intégrée. Aujourd’hui, 314 établissements en France proposent l’une des trois formules myWO : Lib (dans le lobby, gratuit avec consommation), Lounge (un espace dédié à partir de 5 €/heure) et Meeting (pour les réunions ou journées d’études). Selon Olivier Cohn, DG de Best Western France, c’est myWO Lib qui fonctionne le mieux : « Les utilisateurs apprécient particulièrement la simplicité d’utilisation, la gratuité, la flexibilité et l’ambiance conviviale. »

Même logique chez Radisson, avec l’exemple de l’hôtel YAC Paris Clichy, qui propose des forfaits coworking à la journée ou à la demi-journée, avec boisson chaude à volonté, fibre et liberté totale de s’installer au bar, au lobby ou en terrasse. Une stratégie maline pour animer les espaces dès l’ouverture, sans lourds investissements.
Une tendance qui séduit aussi les indépendants
Ce mouvement dépasse les grands groupes. À Villefranche-de-Rouergue, l’hôtel Urban Style Les Fleurines a récemment aménagé un espace de coworking de 60 m² avec bureaux, coin cuisine, box pour s’isoler et offre d’abonnement mensuel à 200 €, en accès libre 7j/7. Objectif : capter des télétravailleurs de longue durée.
D’autres établissements vont encore plus loin avec la formule Day Use, qui permet de louer une chambre pour quelques heures de travail au calme. C’est le cas chez Oceania Hotels, qui propose des chambres modulables, conçues pour accueillir réunions ou sessions privées. Un positionnement qui fonctionne particulièrement bien près des aéroports ou dans les grandes villes, où le besoin d’espaces calmes et temporaires est fort.
Wojo, Mama Works et l’effet réseau
Autre acteur incontournable : Wojo, né de l’initiative de Bouygues Immobilier, mais dont Accor est désormais actionnaire, avec intégration dans son programme de fidélité ALL. Wojo développe aujourd’hui un réseau hybride d’espaces de travail, répartis entre sites indépendants et hôtels partenaires. C’est aussi Wojo qui gère désormais Mama Works, la version coworking des hôtels Mama Shelter.

Un espace de coworking Wojo dans un hôtel Novotel
Le modèle ? Proposer des espaces design, confortables et animés, où l’on retrouve l’esprit cool et chaleureux de l’univers Mama, mais adaptés au travail : salles de réunion, postes flexibles, events, et même garde d’enfants dans certains sites. Ce mix de codes hôteliers et de services tertiaires incarne bien cette hybridation à l’œuvre dans le secteur.
Quand le bureau s’inspire (aussi) de l’hôtellerie
Le phénomène ne va pas dans un seul sens. Certains opérateurs de bureaux flexibles s’inspirent désormais ouvertement de l’hôtellerie haut de gamme. C’est le cas d’Insitu, avec son Work Palace, un site ultra premium en plein cœur de Paris, attendu pour 2026. Un immeuble haussmannien classé, repensé comme un palace d’affaires, avec conciergerie, spa, auditorium, restauration haut de gamme et design signé Oscar Lucien Ono.

Le futur Work Place d’Insitu boulevard Saint-Germain à Paris
« Le Work Palace, c’est notre vision du bureau très haut de gamme. On y met le niveau de service et d’aménagement qu’on attendrait dans un hôtel de luxe », confie Stéphane Adnet, DG d’Insitu. Ce lieu unique se veut un manifeste. Une démonstration de ce que peut être le bureau opéré à son plus haut niveau d’exigence.
Vers une convergence durable ?
Ce que dessine cette tendance, ce n’est pas une simple opportunité post-Covid. C’est une reconfiguration profonde des lieux de travail. Hôtels, bureaux, cafés… tout devient potentiellement un lieu de coworking, à condition d’avoir le bon mix : du confort, de la connectivité, de la modularité et… un sens du service.
C’est là que l’hôtellerie peut vraiment faire la différence. Dans un marché où les espaces de coworking se multiplient, les hôtels apportent une valeur ajoutée bien spécifique : un accueil 7j/7, une qualité de service éprouvée, une image forte, des prestations additionnelles (restauration, spa, salle de sport) et une capacité à s’adapter aux rythmes de leurs clients.
Le coworking n’est plus un simple « plus » dans l’offre hôtelière. C’est un levier de chiffre d’affaires, de visibilité et d’ancrage local. Et pour les télétravailleurs, une alternative sérieuse aux open spaces et aux cafés bondés. Bref, un nouvel usage bien parti pour durer.
