Depuis juin 2025, La Colloc est placée en redressement judiciaire. Une situation délicate que la structure lorientaise n’a pas cherché à dissimuler. Bien au contraire.
Sa dirigeante, Sabrina Millien, a fait le choix d’une communication ouverte auprès de ses équipes, de ses clients et de ses partenaires, en exposant publiquement les causes des difficultés et les leviers envisagés pour redresser l’activité. Dès l’annonce de la procédure, les espaces sont restés ouverts et les communautés actives, avec un message clair : « Nous traversons une tempête, mais la Colloc doit écrire la suite de son histoire », expliquait alors la direction dans les colonnes de Ouest-France.
Selon Les Echos, cette transparence assumée a permis de maintenir la confiance des usagers et des clients, dans un secteur où les défaillances restent souvent peu commentées publiquement. Aucun client n’aurait quitté La Colloc depuis l’ouverture de la procédure. Une continuité de discours et d’action qui tranche avec les pratiques habituelles du coworking.
La Colloc, un projet ancré à Lorient depuis 2016
L’histoire de La Colloc débute bien avant l’ouverture de son premier lieu. Dès 2013, Anne-Laure Gahinet et Sabrina Millien se rencontrent à Lorient autour de valeurs communes liées au sens du travail, au lien social et à l’ancrage territorial. En 2014, elles partagent un premier bureau, avant de structurer progressivement un collectif de consultants.
En 2016, La Colloc ouvre son espace de coworking à Lorient, un lieu de 1 400 m² pensé comme un terrain d’expérimentation des nouveaux modes de travail. Le projet se développe ensuite autour de l’accompagnement des organisations et, à partir de 2019, de la transmission de cette expérience auprès d’entreprises et de collectivités. Un modèle revendiqué comme engagé, autofinancé, sans subventions et fortement dépendant de l’activité économique réelle de ses clients. En 2025, La Colloc obtient également la certification Qualiopi pour ses activités de formation, renforçant cette dimension conseil et transmission.
L’abandon du Lab Océan pour sauver le cœur du projet
Les difficultés apparaissent après l’ouverture du Lab Océan, sur le port de La Trinité-sur-Mer, en 2023. Ce troisième site, géré par La Colloc pour le compte de la Compagnie des ports du Morbihan, combinait coworking et événementiel. L’entreprise y avait investi environ 150 000 euros, avec un modèle reposant en partie sur l’organisation d’événements, qui représentaient près de 30 % des surfaces.
Mais à partir de 2024, le ralentissement brutal de l’activité événementielle, combiné à un contexte économique tendu, inflationniste et instable, fragilise l’équilibre financier. La Colloc observe également un net recul de son activité de conseil, comme l’expliquait Sabrina Millien à Ouest-France. Malgré un chiffre d’affaires global d’environ 1 million d’euros, l’entreprise doit se résoudre à abandonner la gestion du site de La Trinité-sur-Mer pour préserver l’essentiel. Cette décision s’est accompagnée d’une restructuration lourde, avec la suppression de six postes, soit la moitié des effectifs.
Le tribunal de commerce de Lorient a accordé à l’entreprise un délai d’un an pour mettre en œuvre son plan de redressement, incluant notamment le gel des prêts bancaires. La stratégie est désormais claire : renoncer au développement national via une licence de marque, se recentrer sur le site historique de Lorient et consolider un modèle plus sobre. Aujourd’hui, La Colloc y accueille environ 150 personnes par jour et organise une dizaine d’événements mensuels, tandis que le Lab Océan poursuit son activité sous gestion directe de la Compagnie des ports du Morbihan.