Un lieu magique, des tarifs très (trop) modestes : ce tiers-lieu associatif joue sa survie à Landerneau.
À deux pas de la gare de Landerneau, un manoir du XVIIe siècle accueille… des coworkers. Oui, des coworkers. Ici, on brainstorme sous poutres apparentes, on imprime dans les anciennes cuisines, et on prend le thé bio dans un parc classé. Le lieu est sublime, l’ambiance chaleureuse, les prix imbattables. Tellement imbattables qu’ils menacent l’équilibre du projet. Car derrière ce cadre digne d’un tournage d’Arte se cache un vrai défi économique et social, porté à bout de bras par une association : La Serre.
Un manoir inspirant, réinventé pour le coworking
Construit au XVIIe siècle en pierre de Logonna, le manoir de Keranden a été transformé au XXe siècle par Joseph Boucher, industriel local et conseiller municipal, qui a participé à la création des usines d’engrais Dior. Racheté par la Ville en 1978, il abrite aujourd’hui un tiers-lieu unique en son genre, porté par l’association La Serre.
Avec ses 370 m², ses bureaux fermés en solo ou à partager de 10 à 20 m², ses vingt postes de coworking nomades et ses trois salles de réunion, Keranden n’a rien à envier à un espace de travail classique. Internet fibre, cuisine équipée, douche, accessibilité PMR, café et thé bio en libre accès : tout est là. Mais c’est surtout l’ambiance qui fait la différence. Ici, on croise des entrepreneurs, des artistes, des formateurs, des curieux. Un joyeux mélange de profils et de projets, dans un lieu où l’on vient autant pour bosser que pour échanger, apprendre ou créer.

Une vision du travail plus solidaire
Ce qui distingue Keranden des autres espaces, c’est son modèle associatif. Créée en 2019, La Serre défend une vision inclusive et accessible du travail. L’espace se veut ouvert aux entrepreneurs, aux associations, aux structures de l’économie sociale et solidaire, avec une grille tarifaire volontairement abordable. 60 € HT par mois pour un poste nomade, 150 € pour un bureau fermé à partager ou non, 158 € la journée pour une salle de réunion. L’adhésion annuelle à l’association coûte 100 €.

En parallèle, l’équipe développe une programmation d’ateliers apprenants, des événements culturels, des formations, des résidences artistiques. La langue bretonne et la culture locale y ont toute leur place. Le lieu se revendique comme un catalyseur d’initiatives : design, innovation sociale, artisanat, tout se mêle dans cet espace collectif et vivant.
Une équation économique délicate
Le décor est idyllique et l’espace de coworking atypique, mais le modèle reste fragile. Comme le souligne Ouest France, « pour payer le loyer substantiel de cet écrin magique, la Serre doit redoubler de créativité pour chercher des revenus ». Car à ce prix-là, difficile d’équilibrer les comptes.

La Ville de Landerneau, propriétaire du manoir, soutient le projet, mais ne le subventionne pas directement. Tout repose sur les recettes issues des locations, des formations et des événements. Un pari audacieux, à contre-courant des modèles plus classiques ou commerciaux du coworking. Mais un pari qui mérite d’être connu — et soutenu. Peut-être un peu revu aussi, au risque de disparaître comme La Fabrik à Noirmoutier.