La SNCF met fin à sept espaces de coworking dans ses gares franciliennes

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Thibaut Bernardin est le fondateur et directeur de la publication de Working Life. Il analyse les évolutions du coworking, de l’immobilier tertiaire et des nouvelles organisations...
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La gare de Vaucresson (92)

Le projet devait redonner vie à de petites gares franciliennes avec des bureaux partagés. Quatre ans plus tard, la SNCF expulse Reso PME de sept emplacements.

Les décisions sont tombées fin août et début septembre. La SNCF a obtenu l’expulsion de sept espaces de coworking opérés par Reso PME dans plusieurs gares franciliennes, dont Meudon, La Garenne-Colombes et Vaucresson. En jeu : une dette de plus d’un million d’euros, des engagements non tenus et la rupture d’un partenariat initié en 2020 dans le cadre du programme 1001 gares. Ce projet, qui visait à redonner vie à de petites gares par l’installation de services de proximité, se heurte ici à la fragilité économique d’un opérateur.

Un partenariat de dix ans, rompu avant son terme

En 2020, SNCF Gares & Connexions sélectionne l’association Reso PME pour exploiter des surfaces vacantes dans sept gares franciliennes. Le projet, baptisé Business Open Spaces, prévoit d’installer des espaces de travail partagés à taille humaine, dans des locaux de 90 à 150 m² selon les emplacements. Meudon, Vaucresson, La Garenne-Colombes, Chaville-Vélizy, Jouy-en-Josas… chaque gare doit accueillir un espace pensé pour les indépendants, télétravailleurs ou petites équipes à la recherche de solutions proches de chez eux.

Le bail est signé pour dix ans avec pour objectif de participer à la revalorisation des petites gares du réseau, à travers une offre de services utiles au quotidien. En pleine sortie de crise sanitaire, l’idée séduit. Mais très vite, des tensions apparaissent.

Plus d’un million d’euros de dettes cumulées

Dès 2024, la SNCF alerte sur des retards de paiement persistants. Plusieurs mises en demeure sont adressées à l’association, sans effet. Un protocole d’accord est ensuite négocié pour étaler le règlement des arriérés. Mais les paiements restent irréguliers et insuffisants, selon les jugements consultés.

Au total, la dette contractée par Reso PME atteint 1,118 million d’euros sur l’ensemble des sept sites. La SNCF dénonce alors le contrat de location, estimant que les manquements sont trop importants pour maintenir la relation.

Une occupation jugée illégale par les tribunaux

La procédure bascule ensuite sur le terrain judiciaire. Saisie par SNCF Gares & Connexions, la juge des référés du tribunal administratif de Cergy-Pontoise ordonne, le 27 août, l’expulsion de trois sites situés dans les Hauts-de-Seine. Quelques jours plus tard, le tribunal administratif de Versailles rend des décisions similaires concernant deux sites dans les Yvelines.

Dans ses décisions, la justice considère que Reso PME est occupant sans droit ni titre, les baux ayant été rompus. À Meudon, la situation est jugée encore plus sensible : des personnes non identifiées comme coworkers auraient été hébergées à l’année dans les locaux. Le juge évoque une exploitation des lieux « en dehors des cadres autorisés ».

Les sept espaces devront être évacués dans un délai de sept jours, avec possibilité de recours à la force publique si nécessaire. Reso PME est par ailleurs condamné à verser 6 000 euros de frais de justice, soit 2 000 euros par site.

Un retour à la case départ pour la SNCF

Pour la SNCF, l’objectif est désormais de reprendre la main sur les locaux et de relancer leur occupation par de nouveaux projets. Il pourra s’agir d’autres opérateurs de coworking, mais aussi d’activités différentes : associations, commerces de proximité, services publics ou initiatives culturelles. Le programme 1001 gares reste en vigueur et continue de susciter de l’intérêt, mais cette affaire pourrait pousser à revoir les critères de sélection et les modalités de suivi des projets retenus.

Ce cas rappelle aussi qu’au-delà de la volonté de réanimer les gares, la gestion d’un lieu de travail partagé repose sur un modèle économique exigeant, qui suppose à la fois une assise financière solide, une gestion rigoureuse, et une capacité à animer un lieu sur la durée.

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Thibaut Bernardin est le fondateur et directeur de la publication de Working Life. Il analyse les évolutions du coworking, de l’immobilier tertiaire et des nouvelles organisations du travail à travers enquêtes, interviews et tests d’équipements pour le bureau.