Le télétravail reste intouchable pour les cadres et les employeurs l’ont bien compris

Thibaut Bernardin
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Thibaut Bernardin est le fondateur et directeur de la publication de Working Life. Il analyse les évolutions du coworking, de l’immobilier tertiaire et des nouvelles organisations...
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Malgré quelques retours au bureau très médiatisés de grandes entreprises, le télétravail n’est pas près de disparaître en France selon la dernière étude de l’Apec.

On entend souvent parler de la fin du télétravail ou de la volonté des directions de faire revenir les collaborateurs au bureau cinq jours sur cinq. Pourtant, les chiffres racontent une tout autre histoire. L’étude dévoilée par l’Apec en mars 2026, réalisée auprès de 2 000 cadres et 1 000 entreprises, vient tordre le cou aux idées reçues. Non, le télétravail n’est pas en perte de vitesse, et oui, il fait désormais partie intégrante de l’ADN des cadres français.

Un recul très marginal, surtout concentré dans les petites entreprises

Si certaines annonces de grandes multinationales ont fait grand bruit, la réalité du terrain est beaucoup plus stable. En 2025, seules 9 % des entreprises ont supprimé ou diminué le nombre de jours de télétravail possibles pour leurs cadres. Ce mouvement de recul concerne d’ailleurs principalement les TPE (8 %) et les PME (10 %), et beaucoup moins les grandes structures (5 %).

Pour l’écrasante majorité des organisations, le statu quo prévaut : 89 % des entreprises n’ont pas changé leur politique de télétravail en 2025, et 2 % ont même augmenté le nombre de jours autorisés. Plus rassurant encore pour les adeptes du travail hybride : cette stabilité devrait perdurer, puisque 94 % des entreprises n’envisagent pas de modifier leurs accords en 2026.

Productivité et QVT : les employeurs largement convaincus

Pourquoi les entreprises ne reviennent-elles pas en arrière ? Tout simplement parce qu’elles y trouvent leur compte. L’étude montre que les employeurs restent convaincus que le télétravail offre plus de bénéfices que d’inconvénients.
Ainsi, 67 % des entreprises estiment qu’il a une influence positive sur la Qualité de Vie au Travail (QVT) et 45 % perçoivent un impact positif direct sur la productivité. Ces convictions sont d’autant plus fortes dans les grandes entreprises, où l’impact positif sur la QVT grimpe à 87 % et celui sur la productivité à 61 %.

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À l’inverse, les entreprises craignent les effets désastreux d’un retour forcé au bureau. Réduire les jours de télétravail générerait des difficultés à recruter pour 38 % des employeurs, entraînerait une baisse d’engagement pour 33 % d’entre eux, et provoquerait des départs de collaborateurs pour 23 % des entreprises interrogées.

Touche pas à mon télétravail : le risque de démission

Les craintes des employeurs sont d’ailleurs totalement fondées. Chez les cadres, la réaction à une éventuelle suppression de cette flexibilité serait radicale. 74 % d’entre eux seraient mécontents d’une réduction du nombre de jours accordés, et ce chiffre monte à 80 % en cas de suppression totale.

Plus inquiétant pour les directions des ressources humaines : si l’accès au télétravail venait à être purement et simplement supprimé, près d’un cadre télétravailleur sur deux indique qu’il envisagerait de changer d’entreprise. Le télétravail n’est donc plus un simple « plus » dans la marque employeur, c’est un prérequis non négociable pour conserver ses talents.

La flexibilité, nouveau pilier de l’identité cadre

Au-delà du simple nombre de jours, c’est la souplesse d’organisation qui est plébiscitée. Les cadres tiennent farouchement à l’autonomie qu’ils ont acquise. Aujourd’hui, 61 % d’entre eux peuvent changer leurs jours de télétravail chaque semaine selon leurs besoins, et 47 % peuvent le faire en cas d’imprévu sans même avoir besoin d’une validation de leur manager.

L’Apec souligne que cette liberté d’organisation est devenue un « avantage essentiel » et un véritable pilier de l’identité cadre. D’ailleurs, de nombreux cadres (47 %) craignent que les entreprises cherchent à encadrer plus strictement ces modalités en 2026 (via des outils de suivi ou des délais de prévenance). Mais qu’ils se rassurent, à ce stade, seules 13 % des entreprises ont l’intention de réviser les modalités pratiques de gestion du télétravail dans les douze prochains mois.

Le message est clair : le travail hybride a trouvé son point d’équilibre. Les entreprises qui chercheront à forcer le retour au 100 % présentiel prendront le risque très concret de voir fuir leurs forces vives.

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Thibaut Bernardin est le fondateur et directeur de la publication de Working Life. Il analyse les évolutions du coworking, de l’immobilier tertiaire et des nouvelles organisations du travail à travers enquêtes, interviews et tests d’équipements pour le bureau.