Né dans un hackerspace berlinois, devenu un phénomène mondial, le coworking a tout connu : succès fulgurant, bulle financière, pandémie… et renaissance.
Aujourd’hui omniprésent, le coworking a démarré bien loin des bureaux design et des start-up en vogue. Son histoire commence dans un repaire de hackers à Berlin, avant d’exploser avec WeWork et de traverser des crises majeures. Comment ce concept, à l’origine marginal, a-t-il révolutionné notre façon de travailler ? Retour sur une saga aussi imprévisible que passionnante.
1995 : Les hackers ouvrent la voie
Tout commence en 1995 à Berlin, dans un sous-sol rempli d’ordinateurs, où une bande de passionnés de code fonde C-Base, un espace de travail partagé. Ce premier hackerspace repose sur une idée simple : collaborer, échanger et travailler ensemble dans un lieu ouvert à tous.

La même année, un certain Bernard DeKoven, consultant en innovation, utilise pour la première fois le mot « coworking ». À l’époque, il ne désigne pas encore un lieu physique mais une philosophie de travail collaboratif entre indépendants.
Pendant que ces concepts émergent, une nouvelle génération d’entrepreneurs commence à voir l’intérêt de bureaux partagés, plus flexibles que les espaces de travail classiques.
2005-2010 : L’essor des premiers espaces de coworking
Il faut attendre 2005 pour que le premier véritable espace de coworking ouvre à San Francisco, sous l’impulsion de Brad Neuberg. Son idée : proposer un lieu où les freelances et entrepreneurs puissent travailler sans la solitude du télétravail ni les contraintes d’un bureau classique.

Le succès est immédiat. À Berlin, St. Oberholz attire une nouvelle génération de travailleurs indépendants avec un concept simple : un café avec WiFi gratuit et des tables où s’installer librement. En 2009, Betahaus devient le plus grand coworking space d’Europe.
Le phénomène s’étend à l’international. En France, La Cantine ouvre en 2008 à Paris, premier espace dédié aux start-up et à l’innovation, aujourd’hui Numa. Au Canada, Toronto et Montréal voient apparaître des lieux comme Notman House, conçus pour les entrepreneurs tech. En Belgique, Silversquare se développe à Bruxelles, tandis qu’en Suisse, Gotham Coworking s’impose à Genève et Lausanne.
En 2010, le coworking prend une autre dimension : 600 espaces sont recensés dans le monde, avec une forte présence aux États-Unis et en Europe. La même année, le premier Coworking Day est lancé le 9 août, et devient un événement annuel.
L’ère WeWork : ascension et chute d’un empire
2010 marque aussi la naissance de WeWork, fondé à New York par Adam Neumann et Miguel McKelvey. Avec une approche agressive et un marketing bien rodé, WeWork transforme le coworking en une industrie ultra-profitable.

Les bureaux sont branchés, le mobilier design, et les services premium : événements networking, bières en libre-service, et espaces dignes de la Silicon Valley. WeWork devient rapidement un mastodonte, attirant des milliards d’investissements. En 2017, l’entreprise atteint une valorisation record de 47 milliards de dollars, rivalisant avec Uber et Airbnb.
Mais derrière le glamour, les finances ne suivent pas. En 2019, la tentative d’entrée en Bourse tourne au fiasco. Les investisseurs découvrent une gestion chaotique, des dépenses démesurées et un modèle économique fragile. WeWork s’effondre, Adam Neumann est évincé, et l’entreprise passe sous le contrôle de SoftBank.
2020 : La pandémie et le grand doute
Avec la crise du Covid-19, les espaces de coworking sont vidés du jour au lendemain. Télétravail généralisé, bureaux fermés, incertitude totale. Certains annoncent la fin du coworking, mais l’histoire va en décider autrement.

Dès 2021, un rebond spectaculaire s’opère. Les entreprises, contraintes de revoir leur organisation, découvrent les avantages du coworking. Plutôt que de maintenir de grands bureaux vides, elles louent des espaces flexibles pour leurs salariés en télétravail partiel.
En parallèle, les modèles évoluent : des espaces plus spécialisés émergent, répondant aux besoins spécifiques des freelances, start-up, et même grandes entreprises. HSBC, IBM et Microsoft commencent à utiliser le coworking pour leurs employés, accélérant la transition vers un monde du travail hybride.
2023 : WeWork s’effondre, le coworking se réinvente
L’année 2023 marque un tournant. WeWork fait faillite, laissant un vide sur le marché. Mais au lieu de s’effondrer, le coworking trouve un nouvel équilibre.
Les acteurs locaux et indépendants en profitent pour récupérer des espaces et proposer des solutions plus adaptées aux besoins des travailleurs. Les tendances se précisent :
- Des espaces plus spécialisés : coworking pour freelances, start-up, artisans, chercheurs…
- Un virage écoresponsable : en France, La Ruche mise sur l’impact social et environnemental, en Suisse, Gotham Coworking développe des bureaux bas carbone.
- Le retour du coliving : des espaces hybrides combinant coworking et hébergement séduisent les digital nomads.
Et maintenant ?
Le coworking a survécu à tout : des débuts underground à la bulle WeWork, en passant par la pandémie. Aujourd’hui, il ne cesse de se réinventer.
Le choix ne se pose même plus : le futur du bureau sera hybride, ou ne sera pas.