Le bureau en 2050 selon IWG : et si le plus important n’était pas la technologie ?

Thibaut Bernardin
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Thibaut Bernardin
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Thibaut Bernardin est le fondateur et directeur de la publication de Working Life. Il analyse les évolutions du coworking, de l’immobilier tertiaire et des nouvelles organisations...
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Implants neuronaux, réalité virtuelle, intelligence artificielle… IWG imagine à quoi ressemblera le bureau en 2050. Mais les précédentes prédictions sur le futur du travail invitent à prendre un peu de recul.

Le bureau existera-t-il encore en 2050 ? Travaillerons-nous depuis des espaces virtuels grâce à des casques de réalité augmentée ? Des implants neuronaux nous permettront-ils de collaborer directement avec l’intelligence artificielle ?

C’est en tout cas l’un des scénarios imaginés par IWG dans sa nouvelle étude prospective « The Office of 2050 ». Menée auprès de 2 002 responsables RH et salariés à travers le monde, elle dessine un futur où l’IA, les neurotechnologies et les environnements immersifs transformeraient profondément notre manière de travailler. Comme souvent avec les études prospectives, le plus intéressant n’est peut-être pas ce qu’elles annoncent. C’est ce qu’elles révèlent de nos préoccupations actuelles.

5 chiffres clés à retenir de l’étude IWG

  • 78 % des DRH pensent que le travail hybride sera devenu le modèle standard en 2050.
  • 69 % des DRH estiment que les longs trajets quotidiens et le modèle 9h-17h auront disparu.
  • 73 % des salariés pensent que l’IA et l’automatisation redéfiniront la majorité des métiers de bureau.
  • 70 % des DRH et 69 % des salariés estiment que la réalité virtuelle et augmentée remplacera de nombreuses interactions de bureau traditionnelles.
  • 33 % des DRH et 26 % des salariés citent les implants neuronaux comme la principale technologie émergente attendue au travail.

Des implants neuronaux et des réunions en réalité virtuelle

Le chiffre qui a naturellement retenu l’attention est celui des implants neuronaux. Selon l’étude, ils constituent la principale technologie émergente que les salariés et les responsables RH s’attendent à voir apparaître sur le lieu de travail d’ici 2050.

Autre enseignement marquant : près de 70 % des répondants estiment que la réalité virtuelle et la réalité augmentée remplaceront une partie importante des interactions de bureau traditionnelles, notamment les réunions physiques.

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Les espaces de travail eux-mêmes deviendraient plus intelligents. L’éclairage s’adapterait automatiquement au rythme biologique de chaque collaborateur, les systèmes seraient capables de détecter la fatigue et les murs pourraient devenir des interfaces numériques interactives.

Sur le papier, l’ensemble a de quoi faire rêver les amateurs de science-fiction. Pourtant, ces projections soulèvent aussi quelques questions.

La réalité virtuelle : la révolution qui n’arrive jamais ?

Depuis plus de vingt ans, la réalité virtuelle est régulièrement présentée comme la prochaine révolution du travail. Les bureaux virtuels, les réunions dans le métavers ou encore les salons professionnels entièrement numériques ont alimenté d’innombrables démonstrations et présentations. Pourtant, l’adoption reste limitée.

L’abandon récent par Meta de sa plateforme de collaboration Horizon Workrooms illustre bien les difficultés rencontrées par ces usages. Malgré des investissements de plusieurs milliards de dollars dans le métavers, le géant américain semble aujourd’hui privilégier d’autres priorités.

La raison est peut-être plus simple qu’il n’y paraît : les salariés saturent déjà des visioconférences. Après plusieurs années de généralisation du télétravail, beaucoup d’entreprises cherchent justement à recréer davantage d’échanges physiques. Dans ce contexte, il est difficile d’imaginer que des casques portés plusieurs heures par jour remplacent massivement les interactions réelles.

Les technologies immersives trouveront probablement leur place dans certaines formations, simulations ou usages spécifiques. De là à devenir le cœur du travail quotidien, le pas reste important.

Le besoin de contact humain reste sous-estimé

C’est sans doute le principal angle mort de nombreuses études sur le bureau du futur. À mesure que les outils numériques progressent, la valeur des interactions physiques semble au contraire se renforcer. Les enquêtes publiées ces dernières années montrent régulièrement que les salariés restent attachés au bureau. Et c’est encore plus vrai pour les plus jeunes générations. Non pas pour pointer ou s’installer derrière un écran, mais pour échanger, collaborer, apprendre ou simplement maintenir un lien social.

Le succès du coworking repose largement sur cette logique. Les travailleurs y recherchent autant un environnement professionnel que des interactions humaines. Même le travail hybride, que l’étude IWG présente comme la norme de demain, repose sur cet équilibre. Les salariés apprécient la flexibilité du télétravail, tout en conservant un besoin de présence, de rencontres et de collaboration en face à face.

L’IA transformera surtout les emplois

Là où l’étude paraît beaucoup plus crédible, c’est sur l’intelligence artificielle. Plus de sept répondants sur dix estiment que l’IA et l’automatisation redéfiniront la majorité des métiers de bureau au cours des prochaines décennies.

Sur ce point, les premiers changements sont déjà visibles. Assistants rédactionnels, analyse documentaire, automatisation de tâches administratives, synthèse d’informations : l’IA commence à s’intégrer dans de nombreux métiers tertiaires. Mais son impact se situera probablement davantage dans l’organisation du travail que dans l’aménagement des bureaux.

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L’enjeu majeur des prochaines années sera moins de savoir à quoi ressemblera une salle de réunion que de comprendre quels métiers évolueront, quelles compétences deviendront stratégiques et comment les entreprises accompagneront ces transformations.

Les études prospectives se trompent souvent sur les détails

Pour prendre du recul sur ces prédictions, il suffit de regarder celles formulées il y a vingt-cinq ans. À la fin des années 1990 et au début des années 2000, de nombreux experts annonçaient déjà le bureau de 2025. Ils imaginaient la disparition du papier, l’explosion du télétravail, la généralisation des travailleurs indépendants et des bureaux largement dématérialisés.

Sur plusieurs points, ils avaient vu juste. Le travail à distance s’est développé. Les outils numériques ont profondément transformé les organisations. Les échanges dématérialisés sont devenus la norme. Mais ils se sont également trompés sur de nombreux aspects.

Le bureau physique existe toujours. Les imprimantes n’ont pas disparu. Les interactions humaines restent essentielles. Et surtout, personne n’avait anticipé un événement comme la pandémie de Covid-19, qui a accéléré certaines évolutions tout en bouleversant complètement les scénarios imaginés.

C’est souvent le paradoxe des exercices prospectifs : ils identifient correctement les grandes tendances mais se trompent fréquemment sur les usages réels, les rythmes d’adoption et les comportements humains.

Le bureau de 2050 sera peut-être moins futuriste qu’on l’imagine

Finalement, la partie la plus crédible de l’étude IWG n’est pas celle qui parle d’implants neuronaux ou de murs interactifs. C’est celle qui évoque davantage de flexibilité, moins de trajets quotidiens (7 répondants sur 10 prédisent la disparition des longs trajets quotidiens et du modèle de travail 9h-17h au profit d’une organisation plus flexible et distribuée), des espaces plus agréables et une meilleure prise en compte du bien-être des salariés.

Car si l’on observe les évolutions récentes du travail, le mouvement de fond semble moins technologique qu’humain. Les entreprises cherchent à attirer les talents. Les salariés réclament davantage d’autonomie. Les bureaux deviennent des lieux d’expérience plutôt que de simple production.

D’ici 2050, les outils auront certainement changé. L’intelligence artificielle sera omniprésente. Les bâtiments seront plus intelligents et plus sobres. Mais il y a fort à parier que les collaborateurs continueront à apprécier un bon café partagé, une discussion improvisée dans un couloir ou une réunion en face à face. Et si le véritable bureau du futur consistait simplement à remettre l’humain au centre ?

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Thibaut Bernardin est le fondateur et directeur de la publication de Working Life. Il analyse les évolutions du coworking, de l’immobilier tertiaire et des nouvelles organisations du travail à travers enquêtes, interviews et tests d’équipements pour le bureau.