Les salariés aiment encore leur bureau mais pas à n’importe quelles conditions

Thibaut Bernardin
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Thibaut Bernardin
Directeur de la publication
Thibaut Bernardin est le fondateur et directeur de la publication de Working Life. Il analyse les évolutions du coworking, de l’immobilier tertiaire et des nouvelles organisations...
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Les clichés sur le désamour du bureau ont la vie dure. Pourtant, une étude Ipsos bva pour Icade montre l’attachement intact… à certaines conditions.

Travailler chez soi, c’est bien. Pouvoir revenir au bureau, c’est mieux. Contrairement à ce qu’on entend souvent, les salariés ne tournent pas le dos à leur lieu de travail. Selon une nouvelle étude menée par Ipsos bva pour Icade, trois salariés de bureau sur quatre se disent encore attachés à leur espace de travail. Mais attention, pas n’importe lequel.

Ce n’est pas le bureau par défaut, celui de l’open space bruyant ou du flex office impersonnel, qui séduit. Ce qui attire, c’est le bureau choisi, adapté, confortable, vivant. Celui où l’on peut se concentrer, échanger et parfois même s’évader. Le bureau comme lieu d’équilibre, en complément du télétravail pas en opposition.

Un attachement plus fort qu’on ne le pense

Le bureau n’a pas dit son dernier mot. 75 % des salariés interrogés se disent encore attachés au fait de travailler en bureau, quel qu’en soit le format. Chez les encadrants, l’attachement grimpe même à 83 %, preuve que le bureau reste un levier de management, de lien et de pilotage des équipes.

Mais tout le monde ne le vit pas de la même manière : seulement 64 % des personnes en open space partagent cet attachement et ils ne sont plus que 39 % à y croire en flex office. Preuve que l’attachement au bureau dépend fortement de l’expérience qu’on y vit.

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L’enquête tord aussi le cou à une autre idée reçue, celle d’une opposition binaire entre bureau et télétravail. En réalité, les salariés veulent pouvoir faire les deux. Ils tiennent à leur liberté de choix, tout en conservant un lieu où se retrouver, échanger, se concentrer… à condition que ce lieu soit à la hauteur.

Ce qui donne envie de revenir au bureau

Pourquoi venir ? Pas pour pointer. Les raisons de l’attachement au bureau sont d’abord humaines et concrètes. La première, c’est le besoin d’échanger facilement sur le travail. 91 % des répondants jugent ce point important. Juste derrière viennent les discussions informelles (84 %) et les moments de convivialité (84 %). Même chez ceux qui télétravaillent régulièrement, ces chiffres restent élevés, signe que le bureau reste un espace de socialisation irremplaçable.

Mais les salariés ne reviennent pas pour les beaux yeux de la photocopieuse. Ce qui fait la différence, ce sont des critères très concrets :

  • Le confort de l’espace de travail (58 %)
  • Les équipements disponibles (49 %, notamment double écran, imprimante, etc.)
  • La localisation et l’accessibilité (47 %)
  • Autrement dit, le bureau ne séduit plus par principe mais par usage. Un bon bureau aujourd’hui, c’est un lieu bien placé, bien équipé, agréable à vivre et pensé pour les usages réels. Ce n’est plus juste un poste de travail, mais un environnement de travail.

    Du calme, un parking… et un bon resto à proximité

    Le retour au bureau, oui mais à certaines conditions bien précises. L’étude le montre clairement : les salariés attendent bien plus que quatre murs et une chaise ergonomique. Le premier critère qui monte en flèche, c’est le calme. 54 % des personnes interrogées considèrent les espaces de travail silencieux comme essentiels. Ce besoin de tranquillité dépasse même celui des salles de réunion ou des espaces de convivialité. Une donnée à méditer pour les open spaces mal isolés…

    parking bureau

    Autre priorité souvent sous-estimée : le parking. 68 % des salariés de bureau jugent indispensable de pouvoir se garer facilement, un chiffre qui monte encore dans les zones périurbaines ou mal desservies. Le parking vélo gagne aussi du terrain, avec 31 % de réponses favorables, tout comme la présence de douches (20 %) et de bornes de recharge électrique (20 %).

    Et autour du bureau ? Là aussi, les attentes sont nettes puisque 93 % veulent pouvoir accéder facilement à des lieux de restauration (restaurants, boulangeries…) et 86 % plébiscitent la proximité d’espaces verts, tandis que 84 % citent la présence de commerces comme un vrai plus. Le bureau est donc jugé dans son ensemble, pas seulement ce qui se passe dans ses murs. Il devient un lieu de vie étendu, qui doit faciliter le quotidien autant qu’il stimule le travail.

    Le bureau individuel reste le grand favori

    Flex office, desk sharing, hot desking… On a beau inventer des anglicismes à la chaîne, le bureau préféré des salariés reste le plus classique : le bureau individuel. 47 % des personnes interrogées plébiscitent cette configuration, contre 38 % qui préfèrent un bureau partagé à quelques personnes. L’open space séduit bien moins avec 11 % seulement des salariés qui souhaitent cette formule et ils ne sont que 4 % à vouloir travailler en flex office sans place attitrée.

    Ce rejet est d’autant plus marquant que près d’un salarié sur trois travaille aujourd’hui en open space. Autrement dit, la majorité n’évolue pas dans l’espace qui lui convient le mieux, ce qui peut peser sur la motivation et l’engagement. Et les conséquences ne sont pas que symboliques. Selon l’étude, une organisation spatiale adaptée a un impact positif sur la productivité (78 %), le bien-être (75 %) et l’attachement à l’entreprise (68 %). Le bureau idéal, ce n’est pas celui qui optimise les mètres carrés mais celui qui permet à chacun de travailler sereinement, sans renoncer à sa personnalité.

    Le télétravail, oui. Mais à la carte

    Loin des caricatures, le télétravail ne s’oppose pas au bureau. Il le complète. Et les salariés veulent pouvoir jongler entre les deux  sans contrainte. 76 % des personnes interrogées estiment qu’un salarié doit pouvoir venir au bureau tous les jours s’il le souhaite. Une position claire, qui rejette l’idée d’un télétravail imposé « pour optimiser les surfaces ». Ce que veulent les salariés, c’est le choix.

    Travailler à domicile apporte de nombreux avantages

    Les bénéfices du télétravail sont bien identifiés puisque 82 % saluent un meilleur équilibre vie pro / vie perso et 71 % disent mieux se concentrer chez eux. Mais l’étude pointe aussi les limites de cette organisation : 51 % trouvent que les interactions avec les collègues sont plus difficiles, 50 % évoquent une perte de lien social et 47 % estiment que trois jours de télétravail ou plus nuisent à la productivité et à la collaboration.

    En clair, le télétravail est plébiscité… à condition de ne pas devenir la norme exclusive. La plupart des répondants jugent qu’un rythme de deux jours par semaine constitue un bon compromis. Et s’ils venaient plus souvent ? Ils le feraient… si le bureau était plus proche (40 %) ou plus agréable (36 %).

    Le bureau n’a donc pas disparu des radars, il a simplement changé de rôle. Moins obligatoire, plus choisi. Moins standardisé, plus incarné. Les salariés n’y viennent plus par devoir, mais par envie quand les conditions sont réunies. À la fois lieu de travail, de lien et de respiration, le bureau continue de jouer un rôle structurant dans le quotidien professionnel. À condition d’écouter un peu plus ceux qui le vivent.

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Thibaut Bernardin est le fondateur et directeur de la publication de Working Life. Il analyse les évolutions du coworking, de l’immobilier tertiaire et des nouvelles organisations du travail à travers enquêtes, interviews et tests d’équipements pour le bureau.