Télétravail : pourquoi la France reste en retrait face à ses voisins

Un cadre de travail agréable qui fait reculer le télétravail.
Les Allemands télétravaillent plus, les Finlandais encore plus. Et les Français ? Toujours frileux.
Une grande enquête mondiale vient de tomber : en moyenne, les Français ne télétravaillent qu’un jour par semaine. C’est peu, surtout comparé à leurs voisins. Les Allemands atteignent 1,6 jour, les Finlandais 1,7, et les Canadiens flirtent avec les deux jours. Même les États-Unis affichent une moyenne supérieure, à 1,4 jour par semaine.
Ces données proviennent de la Global Survey of Working Arrangements (G-SWA), menée par l’institut Ifo avec des chercheurs du King’s College de Londres, de Stanford et d’autres partenaires. L’enquête se concentre sur les salariés à temps plein diplômés de l’enseignement supérieur, dans plus de 40 pays. Autrement dit, ceux qui sont les plus susceptibles d’avoir accès au travail à distance.
En Europe, la moyenne se situe entre 1 et 1,5 jour. La France se place clairement en dessous, aux côtés de l’Espagne, de l’Italie ou de la Grèce. Une situation qui interroge, alors que le modèle hybride semble s’imposer ailleurs.
Une préférence culturelle déjà bien ancrée
Ce décalage n’est pas nouveau. Dès 2023, une étude menée par le cabinet JLL montrait que les Français étaient les champions européens du travail en présentiel. En moyenne, ils passaient 3,5 jours par semaine au bureau, contre 3 jours pour les Suisses, 2,6 pour les Britanniques, et 2,5 pour les Espagnols.
Pourquoi une telle préférence ? La culture managériale française valorise encore beaucoup la présence physique. “En France, on se montre davantage devant le chef, devant la direction”, analysait alors Flore Pradère, directrice de recherche sur les nouveaux modes de travail chez JLL. À cela s’ajoutent les moments de convivialité au bureau, comme la pause déjeuner, qui reste un rituel social fort.
Cette culture du bureau, bien installée, freine l’adoption massive du télétravail. Même dans les grandes entreprises, les accords restent souvent limités à un ou deux jours à distance. Et dans les PME, le télétravail reste encore loin d’être généralisé.
Le Canada pousse plus loin la transformation
À l’inverse, le Canada s’impose comme le leader mondial du télétravail dans la même enquête. Avec 1,9 jour en moyenne, les Canadiens diplômés passent presque la moitié de leur semaine à la maison. Et ce changement dépasse la sphère professionnelle.
Moins de déplacements, plus de repas pris à domicile, des courses faites à des heures creuses : le télétravail a modifié le quotidien de millions de Canadiens. Les grandes cafétérias de bureaux se vident, pendant que les commerces de proximité gagnent en fréquentation. La demande pour des formats alimentaires plus petits, des services de livraison fluides et une vie de quartier réinventée progresse rapidement.
Mais cette transformation n’est pas sans tensions. Malgré la popularité du modèle hybride, les questions sur la productivité à long terme, la créativité ou les échanges informels reviennent régulièrement dans le débat public et chez les employeurs.
Le modèle hybride avance… à petits pas
Même aux États-Unis, où l’étude SWAA (Survey of Working Arrangements and Attitudes) indique une stabilisation autour de 2,3 jours de télétravail hebdomadaire pour les postes compatibles, le modèle hybride reste un équilibre fragile. La majorité des salariés en demande davantage, mais les employeurs freinent souvent le mouvement.
En France, cette tension existe aussi, mais à un niveau plus bas. La demande de flexibilité monte, portée par les jeunes actifs, les cadres et les parents. Mais les entreprises n’ont pas encore toutes pris le virage, et les freins culturels restent puissants. Le télétravail progresse, oui, mais il avance à petits pas.
