Loi AGEC au bureau : êtes-vous vraiment prêts ?

Adoptez un geste éco-responsable en équipant vos bureaux de mobilier d'occasion
Depuis juillet 2024, certains achats doivent intégrer une part de mobilier recyclé ou réemployé. Bientôt, ce sera votre tour.
Vous pensez que la loi AGEC ne concerne que les marchés publics ? Détrompez-vous. Ce qui ressemblait à une mesure lointaine s’invite désormais dans toutes les discussions autour des achats responsables. Et depuis le 1er juillet 2024, le cadre s’est durci : quotas précis, catégories élargies, traçabilité obligatoire. Un vrai tournant, encore peu connu dans le monde du bureau.
Concrètement, ça veut dire quoi ? Si vous êtes responsable d’un espace de travail — que vous aménagiez un coworking, un siège social ou des locaux partagés — vous allez devoir intégrer de plus en plus de mobilier issu de l’économie circulaire. Et pas juste pour faire joli dans un rapport RSE. Parce que bientôt, ce sera la norme.
L’économie circulaire, version bureau
Réemploi, recyclé, seconde main… L’économie circulaire, on en parle souvent. Mais avec la loi AGEC, c’est désormais un cadre légal très concret. Votée en 2020, cette loi vise à réduire les déchets, à allonger la durée de vie des produits et à transformer nos façons de produire et consommer. Elle touche tous les secteurs, y compris celui du mobilier de bureau.
Ce que l’on appelle « article 58 » de la loi AGEC impose aux acheteurs publics — État, collectivités, groupements — d’acheter une part croissante de produits issus du réemploi, de la réutilisation ou contenant des matières recyclées. Et pas seulement pour faire joli dans un rapport RSE : les pourcentages sont définis, contrôlés, et doivent être déclarés chaque année. La loi a même été renforcée par un décret d’application entré en vigueur le 1er juillet 2024, avec de nouvelles obligations plus strictes pour plusieurs catégories de produits.

Et certaines entreprises n’ont pas attendu pour anticiper ce changement. Chez SBS, pionnier français des cabines acoustiques, l’économie circulaire est intégrée dès la conception. Pour les Jeux Olympiques de Paris 2024, l’entreprise a fourni 90 cabines démontables, conçues pour être réemployées et revendues après l’événement via Adopte un Bureau.
Que dit exactement la loi AGEC ?
Depuis 2021, les biens achetés par l’État et les collectivités doivent intégrer une proportion minimale de produits issus du réemploi ou du recyclage. En 2024, pour le mobilier et l’aménagement intérieur, le texte prévoit au moins 20 % de produits réemployés ou réutilisés, et 15 % intégrant des matières recyclées. Ces chiffres monteront à 25 % chacun en 2030.
Le mobilier n’est pas le seul concerné. La loi s’applique aussi au matériel informatique, aux équipements de reprographie, aux textiles professionnels, aux fournitures de bureau ou encore aux équipements de sport, aux vélos et trottinettes… Soit 17 catégories de produits au total. Pour chaque achat, la règle est claire : une part du budget annuel alloué à ces produits doit correspondre à des biens circulaires. Et tout doit être justifiable, traçable, documenté.
Même les dons entrent désormais en ligne de compte. Un bureau récupéré via la plateforme des dons mobiliers de l’État peut être valorisé à hauteur de 60 € dans la déclaration annuelle, grâce à une grille forfaitaire officielle.
Vous n’êtes pas concerné ? Détrompez-vous
Officiellement, seuls les acheteurs publics sont assujettis à la loi AGEC. Mais dans les faits, le mouvement touche déjà tout l’écosystème. Les établissements publics, les opérateurs de l’État, les entreprises liées à des financements publics sont fortement incités à l’appliquer. Et dès août 2026, l’article 35 de la loi Climat élargira à tous les acheteurs, y compris privés, certaines obligations en matière d’achats responsables.
Ce glissement est déjà visible : appels d’offres qui demandent des produits recyclés, labels environnementaux dans les consultations, pression croissante des parties prenantes internes et externes. Et dans les grandes entreprises, le sujet entre désormais dans les bilans extra-financiers. Ne pas s’y préparer, c’est prendre le risque de décrocher.
Des acteurs privés ont compris l’intérêt d’anticiper. C’est le cas de Mobidiq, une jeune pousse née à Sophia Antipolis, qui aide les entreprises à diagnostiquer leur mobilier existant. Grâce à leur outil d’analyse, un projet récent a permis de sauver 62 sièges sur 85 et d’économiser plus de 10 000 euros, tout en évitant 51 tonnes de CO₂.
Comment passer au mobilier circulaire sans perdre la tête
Entrer dans une logique d’économie circulaire ne veut pas dire tout changer du jour au lendemain. Mais quelques réflexes peuvent tout simplifier.
Premier levier : le sourcing. La loi encourage les acheteurs à sonder le marché en amont. Ça veut dire : identifier les fournisseurs qui proposent déjà du mobilier reconditionné ou conçu avec des matières recyclées, vérifier leur capacité de livraison, demander des preuves de traçabilité.

Bureaux de seconde main Redesk
Des plateformes comme Adopte un Bureau ou Redesk permettent aujourd’hui de meubler des espaces de travail entiers en mobilier reconditionné, avec traçabilité, garanties, et même accompagnement à la conception. Moduloop ou Buroways vont plus loin avec des offres packagées, en achat ou en location.
Autre bonne pratique : allotir intelligemment. Scinder les marchés en plusieurs lots (mobilier neuf / mobilier réemployé) permet de faire entrer dans la boucle des acteurs plus petits, souvent spécialisés sur des volumes réduits. Résultat : des offres plus diverses, des coûts souvent plus compétitifs, et une meilleure réponse aux quotas.
Il est aussi possible — et même conseillé — d’ouvrir les marchés aux variantes. Plutôt que d’imposer une chaise neuve ultra spécifique, pourquoi ne pas laisser le prestataire proposer une alternative en seconde main, équivalente en confort et en design ? En restant trop rigide sur la description technique, on se prive souvent des options les plus intéressantes.
Enfin, il est indispensable d’intégrer une clause de reporting. Depuis 2025, la déclaration des achats AGEC se fait sur data.gouv.fr. Le fournisseur doit donc fournir les justificatifs nécessaires pour calculer le pourcentage de produits conformes à la loi. Mieux vaut y penser dès le cahier des charges.
Et si c’était le moment de changer de bureau ?
La loi AGEC n’est pas qu’une contrainte administrative de plus. C’est un levier pour repenser nos espaces de travail de manière plus durable, plus cohérente, plus responsable. En intégrant du mobilier réemployé ou recyclé, on ne coche pas seulement une case légale : on envoie un message clair à ses équipes, à ses clients, à la planète.
Et si, au lieu d’attendre que tout devienne obligatoire, vous preniez un coup d’avance ? Parce qu’après tout, le mobilier circulaire, c’est aussi une nouvelle façon de faire du beau… autrement.
