Rencontrée sur Workspace Expo 2026, la PME toulousaine accélère sur un modèle à contre-courant : production locale, transparence totale… et désormais reconditionnement industriel.
Sur un marché du bureau assis-debout largement dominé par des produits importés, Makiba fait un pari à rebours : produire localement, documenter chaque composant, allonger la durée de vie… et surtout, commencer à réutiliser massivement ce qui existe déjà.
Nous avions déjà repéré la marque l’an dernier. Cette édition 2026 de Workspace Expo était l’occasion de rencontrer les fondateurs et de mesurer le chemin parcouru. Neuf ans après sa création, Makiba a changé de dimension : plus de 2 500 bureaux réglables en hauteur expédiés chaque année et un chiffre d’affaires qui dépasse désormais le million d’euros. Mais au-delà des volumes, c’est surtout la trajectoire qui interpelle.
Makiba, un industriel avant d’être une marque
Ici, pas de catalogue à rallonge ni de stratégie marketing agressive. Makiba reste avant tout un bureau d’études et un outil industriel. « Nous, on est ingénieurs à la base et notre métier, c’est de faire des produits durables », explique Franck Taverriti, le co-fondateur de la marque.
Ce positionnement se ressent immédiatement. Là où beaucoup d’acteurs se contentent d’assembler des composants standard, l’entreprise conçoit ses propres produits et s’adapte à des demandes très spécifiques. Tables de 7 mètres pour des cimenteries, équipements sur batterie pour des data centers, postes techniques pour des laboratoires… Makiba sort largement du cadre du bureau tertiaire classique.
Cette capacité à concevoir sur mesure lui permet aussi d’adresser des usages variés, du poste individuel au bench, jusqu’aux environnements industriels. Une approche qui tranche avec un marché souvent standardisé.
Une transparence radicale à contre-courant du marché
Le marché du bureau électrique reste difficile à lire. Derrière des marques européennes, une grande partie des structures est en réalité importée d’Asie, puis assemblée localement. Makiba, elle, a choisi une autre voie.
Plateaux en bois recyclé fabriqués en France, pièces métalliques produites en Occitanie, motorisation issue d’Europe (notamment du Danemark avec Linak)… seule la carte électronique provient d’Asie. Une chaîne d’approvisionnement maîtrisée, assumée, documentée et surtout rendue publique.
Pour Franck Taverriti, cette traçabilité est un argument massue : « On a pris le contre-coup. Sur notre catalogue, on liste tous nos fournisseurs de pièces […]. On essaye d’être le plus transparent possible ».
Cette exigence va jusqu’à l’analyse de cycle de vie des produits. Résultat : une empreinte carbone au minimum 45 % inférieure à un équivalent fabriqué en Chine. Cette rigueur a d’ailleurs permis à l’entreprise d’être le seul fabricant français de mobilier à obtenir l’exigeant label européen EU Ecolabel.
20 ans de garantie et la fin des « PFAS »
Sur Workspace Expo, Makiba en a profité pour dévoiler un saut technologique majeur avec le lancement d’une nouvelle gamme aux performances impressionnantes : la vitesse de mouvement double (passant de la moyenne du marché de 40 mm/seconde à 80 mm/seconde), tout en consommant moins d’énergie grâce à des freins optimisés, et surtout à un prix revu à la baisse grâce à l’optimisation de la production.

Mais c’est sur la santé et la durabilité que l’entreprise frappe le plus fort. Les nouveaux modèles sont désormais conçus sans PVC et sans PFAS (les fameux « polluants éternels » de plus en plus décriés). Surtout, la marque s’engage sur la longévité : « Là, sur ces nouveaux produits, on les garantit 20 ans, garantie totale. C’est-à-dire, y compris l’électronique, motorisation, il n’y a pas d’astérisque », souligne fièrement le cofondateur.
Faire bouger les utilisateurs, vraiment
Si l’entreprise conçoit des bureaux durables, son ambition première reste de faire bouger les collaborateurs. Pour Franck Taverriti, un bureau fixe est aujourd’hui une anomalie ergonomique : « Il y a plus de réglages aujourd’hui dans une citadine que sur un bureau fixe. On règle le siège et le volant sur les voitures, mais là vous ne réglez même pas le volant ».

Pour fluidifier l’usage de l’assis-debout, Makiba intègre de série la mémorisation des hauteurs à l’image de son modèle Victor et ses 4 mémoires, et développe des modes impulsionnels fonctionnant comme un régulateur de vitesse.

Sur son modèle Hugo, l’entreprise a aussi développé une application mobile connectée en Bluetooth au bureau. Lorsqu’un collaborateur enregistre ses hauteurs idéales sur son smartphone, et lorsqu’il change de poste dans la semaine, il lui suffit de « pousser » ses mémoires vers son nouveau bureau. Pratique en flex office !
Le vrai pari de 2026 : industrialiser le bureau reconditionné
C’est sans doute le chantier le plus structurant pour Makiba aujourd’hui. L’entreprise prévoit de reconditionner entre 600 et 800 postes cette année. Mais loin d’un simple nettoyage ou d’une revente en l’état, la démarche est industrielle.
« On ne dit pas qu’on prend un bureau dans telle taille, tel décor et on le revend. En fait, nous, on va reconditionner le châssis d’un côté, le plateau de l’autre », détaille Franck Taverriti.
Concrètement, Makiba récupère des lots issus de fermetures de sites ou de réaménagements, démonte les éléments, les teste, les trace, puis les recombine pour créer de nouveaux bureaux sur mesure. Chaque produit est ensuite remis sur le marché… avec une nouvelle garantie de 20 ans. Un projet de 400 postes issus d’un bâtiment éphémère sera ainsi reconditionné et redistribué dans les prochains mois.
Cette approche suppose de réinventer entièrement les process. « On ne peut pas s’inspirer de ce qui s’est déjà fait », reconnaît le cofondateur. Pour y parvenir, Makiba s’appuie sur un réseau d’une soixantaine de partenaires à l’image d’Adopte un Bureau, ReDesk ou Fairspace. Certains lots sont même achetés en commun, puis répartis entre les différents acteurs selon leur expertise.
Vers un autre modèle du mobilier de bureau ?
Avec une production locale maîtrisée, une transparence rare, des produits conçus pour durer et une montée en puissance rapide du reconditionné, Makiba ne se contente plus de suivre le marché. L’entreprise tente d’en redéfinir les règles.
À mesure que le bureau assis-debout se généralise, la question n’est plus seulement de produire mieux. Elle devient aussi celle de produire moins… et de réutiliser plus. C’est précisément sur ce terrain que Makiba est en train de prendre une longueur d’avance.