Workspace Expo 2026 : notre bilan après deux jours au cœur des nouveaux espaces de travail

Thibaut Bernardin
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Thibaut Bernardin est le fondateur et directeur de la publication de Working Life. Il analyse les évolutions du coworking, de l’immobilier tertiaire et des nouvelles organisations...
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Workspace Expo 2026

Écoresponsabilité, ergonomie, hybridation des usages… Workspace Expo 2026 confirme une tendance de fond : le bureau ne disparaît pas, il se transforme en profondeur.

Le bureau est-il encore un lieu… ou déjà une expérience à assembler ? Pendant trois jours à la Porte de Versailles, Workspace Expo 2026 a donné un aperçu très concret de cette mutation. Dans les allées, une impression domine : le bureau ne disparaît pas, il se fragmente. Il s’adapte aux usages, aux rythmes, aux profils. Et derrière cette transformation, une même promesse : donner envie de revenir, mais surtout permettre de mieux travailler.

Acoustique omniprésente, explosion du reconditionné, équipements pensés pour le flex office, services inspirés de l’hôtellerie… Les signaux sont clairs mais posent aussi une question de fond : ces innovations répondent-elles vraiment aux usages du quotidien ou restent-elles pensées pour des sièges sociaux très standardisés ?

Sur place, nous avons arpenté les stands, testé les produits et échangé avec les acteurs du secteur. Voici ce qu’il faut retenir de cette édition 2026.

L’acoustique s’impose comme un pilier du confort au bureau

S’il y a bien une tendance qui sautait aux yeux dans les allées du salon, c’est l’omniprésence de l’acoustique. C’est simple : près de 10 % des stands présentaient des cabines acoustiques. Mais pourquoi une telle floraison de ces « boîtes » au milieu des bureaux ?

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La réponse est double. D’un côté, un besoin très concret côté utilisateurs : retrouver du calme dans des environnements devenus bruyants et épuisants. De l’autre, un enjeu beaucoup plus pragmatique : optimiser les mètres carrés en exploitant des espaces comme les halls d’accueil, les couloirs ou les coins d’open-space inutilisés.

Les cabines acoustiques de Framery
Les cabines acoustiques de Framery

Du côté du premium, le leader finlandais Framery mise sur l’hyper-technologie. Leurs cabines connectées intègrent des capteurs radars pour analyser l’occupation en temps réel, une ventilation intelligente qui se renouvelle toutes les minutes en s’adaptant au nombre de personnes, une tablette à hauteur ajustable et des mises à jour logicielles à distance.

Cabine acoustique Blabla Cube
Cabine acoustique Blabla Cube

La French Tech n’est pas en reste. Blabla Cube a fait sensation avec sa cabine karaoké ( la « Blabla Voice ») et sa cabine de verdure. Mais sa vraie nouveauté, c’est l’opalescence, un vitrage qui passe de transparent à opaque en un instant grâce à un bouton.

Intérieur d'une cabine acoustique Work with Island
Intérieur d’une cabine acoustique Work with Island

Toujours côté français, Work With Island se démarque par son approche rationnelle et accessible : une cabine à environ 3 900 euros pour un poste, isolée avec du jean recyclé, avec une excellente performance acoustique et proposée en seulement deux coloris pour optimiser les coûts de production et assurer une livraison en 20 jours.

De nombreuses autres marques internationales (HushOffice, Mute Design, Sedus, Berlin Accoustics) et françaises (Leet Design, Atema, 1to6 ou encore ABCD International et sa nouvelle porte slim) viennent densifier cette offre. Cependant, le marché du neuf reste onéreux (jusqu’à 10 000 ou 12 000 euros pour du haut de gamme), ce qui fait littéralement exploser le marché du reconditionné. On va y revenir.

Enfin, si la cabine est la solution d’isolation par excellence, le besoin d’acoustique s’ouvre de façon bien plus large et s’invite partout dans l’aménagement. Les fabricants de cloisons redoublent d’inventivité esthétique, à l’image du Français Ulmann qui nous a transporé à Rio de Janeiro ou du magnifique stand d’Arteck. Le son tendant naturellement à monter, l’acoustique investit même les plafonds : la marque sétoise Designheure conçoit d’élégants luminaires suspendus intégrant des panneaux en PET ou en textile pour casser le bruit et absorber la réverbération.

L’écoresponsabilité : l’ère de la preuve et de l’économie circulaire

S’il fut un temps où l’écoresponsabilité au bureau se résumait à quelques poubelles de tri, l’édition 2026 de Workspace Expo prouve que le marché est passé à l’action concrète. L’économie circulaire et les circuits courts ne sont plus des niches, mais des standards attendus par les entreprises, portés par des contraintes budgétaires et des réglementations favorables comme la loi AGEC.

Le pavillon circulaire de Workspace Expo 2026
Le pavillon circulaire de Workspace Expo 2026

Le salon a d’ailleurs mis cette dynamique à l’honneur avec le parcours « French Eco Waves » dédié aux jeunes entreprises du Made in France et de l’upcycling, ainsi que le « Pavillon Circulaire » regroupant 15 marques engagées dans le réemploi.

Le grand gagnant de cette mutation est sans conteste le marché du mobilier reconditionné, qui connaît une véritable explosion. L’entreprise française ReDesk en est le parfait exemple : ses effectifs ont plus que doublé en un an pour atteindre 15 personnes. Son modèle ? Racheter des parcs mobiliers quasi-neufs, parfois utilisés à peine six mois suite à des déménagements ou des erreurs de calibrage pour les revendre à des prix imbattables. Ainsi, un fauteuil ergonomique haut de gamme affiché à 1 600 euros neuf se retrouve proposé en seconde main à 450 euros, une cabine acoustique autour de 3 000 à 4 000 euros.

Bureau assis-debout Eliott de Makiba
Bureau assis-debout Eliott de Makiba

Du côté des fabricants de mobilier neuf, la transparence et la durabilité deviennent les nouveaux maîtres-mots. Le français Makiba, devenu l’un des plus gros acteurs du bureau assis-debout dans l’Hexagone, a fait forte impression. Seul français à avoir obtenu l’Écolabel européen, la marque propose des plateaux en bois 100 % recyclé fabriqués en Occitanie. Surtout, Makiba prend de l’avance sur la législation en proposant des bureaux garantis sans PVC ni PFAS. Fait rare pour de l’électronique, leurs nouveaux modèles sont garantis 20 ans, motorisation incluse. L’entreprise s’engage même dans son propre circuit de reconditionnement, prévoyant de remettre sur le marché entre 600 et 800 postes cette année.

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Le stand de La tête dans les nuages à Workspace Expo 2026
Le stand de La tête dans les nuages

Enfin, cette volonté de concevoir « autrement » stimule la créativité d’une multitude de marques. L’Espagnol Bõln a présenté d’étonnantes assises modulaires fabriquées en polyuréthane durable issu de déchets végétaux. Tandis que sur le stand de La Tête dans les Nuages, les visiteurs ont pu découvrir des poufs upcyclés à partir de toiles de montgolfières.

Le flex office réinvente le nomadisme et la modularité

Avec la généralisation du flex office et du travail hybride, la fameuse politique du « clean desk » s’impose : le collaborateur perd son poste attitré et doit désormais transporter son propre univers de travail. Face à cette évolution, les fabricants rivalisent d’ingéniosité pour proposer des équipements ultra-nomades capables de recréer de l’ergonomie n’importe où.

Organisateur de bureau et sacoches Gustav
Organisateur de bureau et sacoches Gustav

C’est notamment le cas des organisateurs de bureau portables, une catégorie en plein boom. L’entreprise autrichienne Gustav a ainsi présenté une sacoche de travail conçue en Repreve, un polyester recyclé très qualitatif. Pensé pour tenir debout tout seul, ce sac se déploie magnétiquement une fois posé sur le bureau pour se transformer en un véritable organisateur. La marque a également annoncé le lancement en septembre d’un sac à dos nomade équipé d’un crochet intelligent permettant de le suspendre directement à la table.

Organisateur de bureau portable de MyErgoBox
Organisateur de bureau portable de MyErgoBox

Le français MyErgoBox (une jeune marque lancée par la société historique Alba) pousse le concept encore plus loin en y intégrant la dimension santé. Leur mallette de transport se déplie pour devenir une véritable station ergonomique, agissant comme un rehausseur d’ordinateur pour soulager la fatigue oculaire et les cervicales. Son grand atout ? Elle embarque une connectique USB-C intégrée, permettant de brancher un double écran et d’alimenter ses appareils depuis un seul point central. À la fin de la journée, le collaborateur range tout à l’intérieur et laisse un bureau parfaitement net.

Tables de réunion modulables Poppyns
Tables de réunion modulables Poppyns

Enfin, le besoin de flexibilité s’applique aussi à l’aménagement global des espaces collectifs, comme les salles de réunion. Poppyns a créé la sensation avec une table de réunion ultra-modulable fabriquée dans les Hauts-de-France. Fini les lourdes tables à quatre pieds qu’il faut démonter : leur modèle repose sur un unique pied central équipé de patins ultra-glissants. La table « glisse comme un pingouin sur la banquise » nous dit Stéphanie Lourd qui est à l’origine du concept, et se manipule à une seule main. Lors d’un événement, plus besoin de condamner une pièce de 20 mètres carrés pour stocker le mobilier : les plateaux se rangent en un clin d’œil, et les pieds se transforment en petites consoles d’appoint le long des murs.

L’ergonomie se réinvente pour remettre le mouvement au cœur du bureau

Au-delà du bruit et des espaces, c’est le corps lui-même qui devient un sujet central. Fini le temps où l’ergonomie se résumait à un imposant fauteuil noir et rigide : aujourd’hui, elle se fait dynamique, design et même nomade, avec pour objectif principal de lutter contre la sédentarité.

Siège de bureau ergonomique WiChair
Siège de bureau ergonomique WiChair

Chez Wilkhahn, nous avons notamment vu la WiChair, une chaise qui accompagne naturellement les mouvements de l’utilisateur grâce à un bras flexible équipé d’un ressort, en plus d’offrir un faible impact carbone (réparable, acier et bois certifié).

L’ergonomie posturale, ou l’assise dynamique, était également très visible grâce à la célèbre marque Bloon et ses sièges-ballons. Ils ont présenté sur le salon leur nouvelle gamme pro « Urban » spécialement conçue pour des usages intensifs, ainsi qu’une nouveauté astucieuse en avant-première : la « galette ». Prévue pour la fin de l’année, cette assise vient se poser sur une chaise classique pour reproduire le mouvement d’équilibre procuré par leurs ballons.

Siège ergonomique pliable Olidi
Siège ergonomique pliable Olidi

L’ergonomie devient elle-même transportable avec Olidi, une jeune entreprise française récompensée sur le salon, qui a développé un étonnant siège ergonomique pliable. Conçu en collaboration avec des professionnels de la santé, ce siège ne pèse que 2,1 kg et permet de télétravailler confortablement installé au sol ou sur d’autres supports. « Ça vous évite d’avoir la grosse chaise ergonomique chez vous. Et en plus vous pouvez bouger […] pour lutter contre la sédentarité », argumente sa fondatrice Sophie Vanderpol, soulignant que cette solution est aussi prisée pour les déplacements ou le coworking.

Enfin, le salon a rappelé que l’ergonomie ne se limite pas à la façon dont on s’assoit. Elle passe évidemment par l’alternance des postures comme le prouve le succès grandissant des bureaux assis-debout connectés de Makiba mais elle s’attaque aussi à la santé visuelle. C’est le crédo de la start-up occitane Polux qui a développé une lampe de bureau intelligente et 100% réparable, pensée avec des ophtalmologistes. Équipée d’un capteur, elle mesure la luminosité ambiante et ajuste automatiquement son intensité de manière douce tout au long de la journée, pour compenser le manque de lumière ou réduire la fatigue visuelle.

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L’hospitality : quand le bureau adopte les codes de l’hôtellerie pour réenchanter l’expérience

Sur le salon, la notion d’aménagement pur s’efface progressivement au profit d’un concept plus global : l’expérience collaborateur. Le bureau doit donner envie, et pour cela, il s’inspire allègrement du secteur de l’hôtellerie et de l’accueil.

Le Work Society Club de Moore et Interior
Le Work Society Club de Moore et Interior

Le symbole absolu de cette mutation lors de cette édition 2026 était sans conteste le « Work Society Club » installé en plein cœur du salon. À travers ce concept immersif, l’agenceur Moore et le spécialiste des cloisons amovibles Interior ont voulu démontrer comment « les codes de l’hôtellerie et de l’accueil redéfinissent les espaces professionnels pour créer des lieux plus chaleureux, inspirants et centrés sur l’expérience ». Dans cet espace feutré, les visiteurs ont pu découvrir des aménagements sur mesure privilégiant les matériaux écoresponsables, ainsi que les bulles acoustiques « LINK », pensées pour offrir des zones de calme tout en apportant une vraie signature esthétique aux lieux.

Mais l’hospitality ne s’arrête pas au design, elle se traduit par des services concrets qui facilitent la vie des collaborateurs, à commencer par la restauration. Pour pallier le manque d’offre dans certaines zones d’activités, la start-up Refectory déploie des frigos connectés approvisionnés de 45 plats variés (bistrot, cuisine du monde, options végétariennes). Le grand avantage pour les gestionnaires d’espaces comme les coworkings réside dans l’autonomie totale du service : « On le ré-approvisionne nous-mêmes, on s’occupe de son entretien, on va venir changer des recettes deux fois par semaine », nous a détaillé leur représentant commercial.

Mur végétalisé de Captain Vegetal
Mur végétalisé de Captain Vegetal

Enfin, cette dimension expérientielle passe par un besoin viscéral de bien-être sensoriel. Pour casser la froideur des espaces tertiaires, la « biophilie » (l’intégration de la nature) devient un incontournable. L’entreprise Captain Vegetal a particulièrement attiré l’œil avec son îlot de verdure composé d’immenses murs végétalisés. Le concept est ingénieux : « Ce sont des plantes qui étaient vivantes mais on les a stabilisées. En fait, on remplace la sève par de la glycérine végétale », nous dit Clément. L’installation dure ainsi entre 7 et 10 ans, sans nécessiter la moindre goutte d’eau ni de lumière spécifique.

Poussant la logique de la déconnexion jusqu’au bout, on a même pu voir la société allemande Brainlight présenter une véritable station de relaxation de 10 à 15 minutes, combinant un fauteuil de massage, un casque audio immersif et des lunettes à LED. Le bureau devient décidément un lieu où l’on prend soin de soi.

Que retenir au final ? Un salon riche mais encore très orienté grands comptes

Cette édition 2026 de Workspace Expo laisse une impression globalement positive. Le salon est dense, bien fréquenté, avec beaucoup de passage sur les stands et des échanges jugés qualitatifs par les exposants eux-mêmes, notamment lors de la nocturne. On sent un marché actif, des projets qui se concrétisent et des acteurs qui ne se contentent plus de vendre du mobilier mais cherchent à répondre à des enjeux plus larges autour du confort, de la flexibilité ou encore de l’expérience collaborateur.

Mais en prenant un peu de recul, une question nous vient assez naturellement : à qui s’adressent vraiment toutes ces solutions ? Dans les allées, le niveau de sophistication est frappant, tout comme les prix affichés. Cabines acoustiques à plusieurs milliers d’euros, aménagements sur mesure, équipements très technologiques… autant de propositions pertinentes, mais qui semblent souvent pensées pour les acteurs franciliens.

Gamme Mittzon pour le bureau par Ikea
Gamme Mittzon pour le bureau par Ikea

Pour autant, il ne faut pas oublier que 69 % du parc de bureaux se situe en dehors de l’Île-de-France, avec des contextes très différents : des surfaces plus petites, des budgets plus contraints et des besoins souvent plus simples. Sur ce point, Ikea faisait figure d’exception avec sa gamme pour les professionnels Mittzon.

Au final, Workspace Expo joue parfaitement son rôle de vitrine et de baromètre des tendances. Les innovations sont là, les idées aussi, et elles dessinent clairement les contours du bureau de demain. Mais le vrai enjeu reste sans doute ailleurs : réussir à adapter ces solutions à des réalités beaucoup plus diverses, et notamment à des espaces plus petits, plus agiles et souvent plus contraints.

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Thibaut Bernardin est le fondateur et directeur de la publication de Working Life. Il analyse les évolutions du coworking, de l’immobilier tertiaire et des nouvelles organisations du travail à travers enquêtes, interviews et tests d’équipements pour le bureau.