Le workation gagne du terrain chez les vacanciers français

Workation : concilier vacances et travail
Selon cette étude, 24 % des Français qui partiront en vacances cet été comptent travailler depuis leur lieu de séjour. Chez les 18-34 ans, ils sont même 45 %.
Travailler à distance tout en profitant d’un cadre de vacances n’est plus un épiphénomène. Le workation – contraction de work et vacation – s’installe désormais dans les habitudes de voyage, porté par la généralisation du télétravail et par une recherche d’équilibre entre productivité et bien-être. Cette pratique permet de prolonger un séjour, d’optimiser un pont ou d’ajouter une touche de dépaysement à sa semaine, sans nécessairement poser plus de congés.
Longtemps perçue comme une pratique de digital nomads, elle séduit aujourd’hui des profils bien plus variés, depuis le jeune cadre parisien jusqu’au freelance installé en province. Et en 2025, les chiffres confirment la tendance selon une récente étude d’Ipsos pour l’Alliance France Tourisme.
Un usage qui séduit surtout les jeunes actifs
L’étude Ipsos, menée en avril 2025 pour l’Alliance France Tourisme auprès d’un échantillon représentatif de 1 000 Français, montre que près d’un vacancier sur quatre (24 %) envisage de travailler depuis un autre lieu que son domicile cet été. Ce pourcentage grimpe à 45 % chez les 18-34 ans, un signe que cette génération n’envisage plus le télétravail uniquement depuis son salon. Les CSP+ sont également nombreux à franchir le pas (28 %), tout comme près d’un tiers des habitants d’Île-de-France.
Pour Éric Gras, spécialiste du marché de l’emploi chez Indeed, cette flexibilité devient un levier de performance : « Plus vous offrez de liberté, plus les salariés vous le rendent », explique-t-il, soulignant aussi l’impact positif sur la fidélisation et la réduction du turn-over. Ce constat fait écho à un mouvement de fond : le télétravail n’est plus seulement une option, il devient un critère de choix d’employeur, voire une condition d’acceptation d’un poste pour certains candidats.
Où partent les adeptes du workation ?
Les résultats de l’étude confirment que la France reste la destination numéro un pour les vacanciers en mode workation (68 %), avec une forte préférence pour les régions balnéaires. Les séjours en Europe séduisent 26 % des répondants, surtout les jeunes (34 % des 18-34 ans) et les foyers à hauts revenus (33 %). Hors Europe, l’hôtel reste le mode d’hébergement le plus fréquent, tandis que les séjours en France privilégient la location saisonnière ou l’hébergement chez des proches.
Le choix du logement n’est pas anodin : pour que le workation soit agréable et productif, la qualité de la connexion internet et le confort de l’espace de travail deviennent des critères aussi importants que la vue depuis la fenêtre. Les adeptes expérimentés définissent des horaires clairs, afin de ne pas transformer leurs journées en marathon sans fin entre visioconférences et loisirs.
Une organisation qui demande anticipation
Si la perspective de commencer la journée avec un café face à la mer séduit, la réalité impose un minimum de préparation. D’un point de vue technique, une connexion stable et sécurisée est indispensable, tout comme un espace adapté pour travailler sans être dérangé. Certains choisissent de louer un logement avec bureau ou de s’appuyer sur les espaces de coworking locaux, de plus en plus nombreux dans les zones touristiques, comme Ancre & Bureau à La Faute-sur-Mer, La Boîte à Fréhel, La Piscine à Montpellier ou Now Coworking à Marseille.

C’est le choix qu’a fait un dirigeant d’entreprise que nous avons interrogé. « Je viens de créer ma société, donc pas question de couper totalement cet été. Mais je ne voulais pas priver ma famille de vacances. Nous partons dans le Sud et j’ai trouvé un espace de coworking à proximité. Je travaillerai en journée, mais je compte bien profiter des soirées et des week-ends avec eux », confie-t-il.
Côté rythme, la clé reste de poser des limites : définir ses plages horaires, communiquer clairement avec son équipe sur ses disponibilités et préserver des moments pour déconnecter vraiment. Car l’un des risques pointés dans les précédentes études sur le télétravail – la porosité entre vie pro et vie perso – reste bien présent, surtout dans un environnement où les sollicitations touristiques sont nombreuses.
Un levier économique pour les destinations
L’Alliance France Tourisme insiste sur l’opportunité que représente le workation pour les acteurs du secteur. En attirant cette clientèle hybride, les hôtels, locations et espaces de coworking peuvent lisser leur fréquentation en dehors des week-ends et des périodes de pointe. Certaines destinations misent déjà sur des offres ciblées : cabines de télétravail installées au bord de la mer Baltique, logements subventionnés pour travailleurs à distance dans des villages italiens, ou encore campings français intégrant des espaces de coworking équipés.

L’espace de coworking du camping de La Faurie
Pour les territoires, c’est aussi un moyen de faire découvrir leur offre hors saison et de stimuler l’économie locale sur des périodes traditionnellement plus calmes. L’effet d’entraînement concerne l’hôtellerie, la restauration, mais aussi les commerces et activités de loisirs.
