Après cinq ans rue de Sélestat, le tiers-lieu Les Compotes doit trouver un nouveau local pour poursuivre son aventure. Sans solution d’ici la fin de l’année, l’activité pourrait s’arrêter.
Tout semblait sourire aux Compotes. Le tiers-lieu strasbourgeois venait d’ouvrir une seconde adresse à Mulhouse, près de la gare, au printemps dernier. Une nouvelle étape dans le développement d’un concept qui a su trouver son public bien au-delà du simple coworking.
Pourtant, l’équipe vient de lancer un appel inhabituel sur les réseaux sociaux : elle recherche activement un nouveau local à Strasbourg. Sans quoi l’activité pourrait prendre fin d’ici la fin de l’année. Une annonce qui a suscité de nombreuses réactions dans le quartier du Neudorf, où Les Compotes se sont imposées au fil des années comme bien plus qu’un espace de travail partagé.
Un nouveau cocon recherché dans le Neudorf
Installées depuis cinq ans rue de Sélestat, au Neudorf, Les Compotes ont décidé de mettre fin au bail triennal qui arrivait à échéance cette année. Dans leur publication, les fondatrices expliquent que le local n’est plus adapté à leurs besoins. Elles évoquent des problèmes récurrents de chauffage, des difficultés thermiques ainsi que des questions liées au respect de certaines normes de sécurité. Des contraintes qui compliquent progressivement l’exploitation du lieu et l’accueil du public.

Plutôt que de poursuivre dans un bâtiment qui limite leurs possibilités, elles ont choisi de repartir à la recherche d’un nouvel espace. Le cahier des charges est relativement précis : entre 140 et 200 m² de surface exploitable, environ 50 m² de cave, une accessibilité PMR, la possibilité d’exploiter une cuisine, un rez-de-chaussée avec un espace extérieur et une implantation dans le Neudorf ou les quartiers voisins. Le lieu peut être loué ou acheté.
Un lieu de vie devenu incontournable dans le quartier
Pour de nombreux Neudorfois, Les Compotes ne sont pas seulement un coworking. Lorsque le lieu a ouvert ses portes en 2021, il proposait déjà un mélange assez rare entre café de quartier, espace de coworking, ateliers créatifs, expositions, événements culturels et initiatives associatives. Une approche hybride qui était encore peu répandue à Strasbourg à l’époque.

Au fil des années, le lieu est devenu un point de rencontre pour des publics très différents. Des indépendants viennent y travailler quelques heures. Des habitants du quartier s’y arrêtent pour prendre un café avant ou après le marché. Des associations y organisent des rencontres. Des artisans et créateurs locaux y trouvent un espace d’expression. Cette diversité fait partie intégrante de l’identité du lieu.
Dans un quartier comme le Neudorf, qui compte plus de 40 000 habitants, les lieux capables de créer du lien social à l’échelle locale restent relativement rares. L’offre de coworking y est également beaucoup moins développée que dans l’hypercentre ou dans certains secteurs d’affaires de l’agglomération. La disparition des Compotes laisserait donc un vide qui dépasserait largement la seule communauté des coworkers.
Derrière l’annonce, une réalité que connaissent de nombreux espaces de coworking
Cette situation rappelle aussi une réalité souvent méconnue du grand public. Lorsqu’un espace de coworking ferme ou déménage, on imagine souvent un problème de fréquentation ou un modèle économique fragile. La réalité est parfois tout autre.
Une grande partie des espaces de coworking français sont locataires de leurs murs. Leur activité dépend donc directement des conditions de leur bail, de l’état du bâtiment, des travaux autorisés ou encore de l’évolution des loyers. Un local devenu trop énergivore, une mise aux normes complexe, un changement de propriétaire ou un bail qui arrive à échéance peuvent remettre en question plusieurs années d’investissement et d’animation territoriale.
Le paradoxe est que ces difficultés peuvent toucher des lieux qui fonctionnent bien et qui disposent d’une communauté fidèle. L’histoire récente des Compotes illustre parfaitement cette situation. Quelques mois seulement après l’ouverture d’un deuxième site à Mulhouse, l’équipe se retrouve confrontée à une problématique immobilière qui menace directement son implantation historique à Strasbourg.
Un appel lancé aux propriétaires et investisseurs
Pour l’heure, rien n’est joué. L’équipe dispose encore de plusieurs mois pour identifier un nouveau lieu capable d’accueillir le projet. Elle lance donc un appel à son réseau, aux habitants du quartier mais aussi aux propriétaires et investisseurs qui pourraient disposer d’un local correspondant à ses besoins.
Car derrière la recherche de quelques centaines de mètres carrés se joue aussi l’avenir d’un lieu qui a su trouver sa place dans le paysage strasbourgeois.
Si vous connaissez un local répondant aux critères recherchés, Les Compotes invitent à les contacter directement. Parfois, la survie d’un tiers-lieu tient simplement à une rencontre au bon moment.